Reconnaissance faciale: le cas de la Chine

La fin de l’année 2017 et le début 2018 ont été des périodes plutôt intéressantes pour les aficionados de technologie, en particulier avec le développement de la reconnaissance faciale. Bien sûr on pense à Apple et sa caméra TrueDepth disponible sur l’iPhone X qui permet de déverrouiller son iPhone d’un simple regard. Mais si il y a bien un pays qui développe l’utilisation de la reconnaissance faciale à grande échelle, c’est la Chine.

Déjà, on le savait, l’argent liquide tend à disparaître en Chine tant l’usager est habitué à payer via son smartphone. Entre AliPay et son concurrent WeChat Pay, l’offre est déjà abondante. WeChat a même lancé son WeChat Pay à l’international. Et c’est une bonne chose: on sait que les touristes chinois en visite en France sont souvent la cible de vols. Cela pourrait désormais être du passé: en novembre 2017 les Galleries Lafayette ont lancé en France le paiement cashless, via WeChat, directement depuis son téléphone.

WeChat pay France cashless sans reconnaissance faciale
Paiement avec son smartphone. Photo by Nagarjun on Foter.com / CC BY

Alors que le paiement par smartphone arrive doucement en Europe, la Chine teste déjà des moyens de payer sans argent avec quelque chose que l’on a toujours sur soi, qu’on ne peut oublier: notre visage.

Certes la technologie de reconnaissance faciale n’est pas nouvelle. Elle est même plutôt répandue sur les smartphones sous Android pour leur déverrouillage (et maintenant sous iOS également). On pouvait déjà déverrouiller son téléphone HTC One X de cette manière en 2012 – mais les standards de sécurité ont augmentés (à l’époque une simple photo suffisait pour tromper le système de reconnaissance faciale, là ou le système Face ID d’Apple est désormais beaucoup plus sécurisé). Mais en mars 2015, lors de la cérémonie d’ouverture du CeBit de Hanovre – il s’agit de la plus grande foire technologique en Europe – Jack Ma, le leader d’Alibaba, a révélé « Smile to Pay », sa dernière innovation. C’est la première fois que la reconnaissance faciale est utilisée pour effectuer des achats en ligne. 

Et la Chine va encore plus loin. Par exemple à Hangzhou, un lycée a installé dans sa cafétéria un système de reconnaissance faciale. Ce dernier permet aux élèves de scanner leur visage afin d’être servis: le système enregistre l’historique des repas commandés ainsi que le solde des comptes des étudiants. Autre exemple: la compagnie aérienne China Southern a commencé à utiliser au cours de l’année 2017 la reconnaissance faciale afin de remplacer les cartes d’embarquement. Pour le meilleur et pour le pire… puisqu’une chinoise s’est vu bloqué l’accès à son avion par la sécurité de l’aéroport de Chengdu, le système de reconnaissance faciale ne l’ayant pas correctement identifié après sa chirurgie esthétique. 

Les banques aussi s’y sont mises. Ainsi China Merchant Bank permet à ses utilisateurs de retirer jusqu’à 3000 yuans par jour (~380€) aux guichets automatiques via un système de reconnaissance faciale et d’un mot de passe. Plus étonnant encore, on retrouve ce système de reconnaissance faciale… dans les toilettes publiques. Le Temple du Ciel de Pékin a ainsi fait la polémique en mars 2017 lorsqu’un distributeur de papier-toilette exigeant du visiteur qu’il passe son visage devant un scanner pour se voir délivrer 60 à 70 cm de papier a été installé. 

Enfin, pour en revenir au paiement, KFC a lancé en septembre 2017 un partenariat avec AliPay (développé par Alibaba) et a installé des bornes de paiement avec reconnaissance faciale « Smile to Pay » dans un de ses restaurants de Hangzhou. Il s’agit d’une première mondiale. 

Ce développement chinois n’est pas passé inaperçu. Lors de sa visite en Chine en janvier 2018, Emmanuel Macron s’est rendu dans l’un des incubateurs de Pékin accueillant des start-ups dans le domaine des hautes technologies, le Soho3Q. Il y a assisté à un forum sur l’intelligence artificielle. La ville de Pékin a aussi lancé dans le quartier de Zhongguancun un centre de recherche sur l’intelligence artificielle, dirigé par Kai Fu Lee, l’ancien patron de Google Chine.

Mais la Chine utilise aussi la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle dans le but de contrôler sa population. Ainsi plusieurs villes chinoises utilisent ces technologies afin d’identifier les individus traversant hors des passages piétons et de les punir. À l’un des carrefours de la ville de Jinan par exemple, le système prend les contrevenants en photo et affiche leur visage sur un écran situé de l’autre côté de la rue. Les fautifs ont alors trois alternatives, nous rapporte le site 20 minutes: « payer une amende de trois dollars, suivre un cours de code de la route d’une demi-heure ou épauler les policiers de la circulation durant 20 minutes ».

Évidemment, tout cela ne serait pas possible sans l’aval du gouvernement chinois qui a mis a disposition des experts du secteur une base de donnée d’images issues des photos d’identité des citoyens. La Chine compte actuellement 170 millions de caméras nourries à l’intelligence artificielle et en prévoit deux à trois fois plus d’ici 2020. 

Ce système de reconnaissance faciale permet de reconnaître quasi-instantanément un individu et la police pourra intervenir avant qu’un délit soit commis. Ainsi, au festival de la bière de Qingdao d’août 2017, vint-cinq délinquants en fuite ont été interpellés grâce au système de reconnaissance faciale et à une liste noire de suspect. Et la police de Zhengzhou vient d’investir dans des lunettes dotées de la technologie de reconnaissance faciale, leur permettant de scanner la foule et de comparer le tout avec une base de données interne répertoriant les individus recherchés.

 

La Chine est également en train de mettre en place un système de « crédit social », prévu pour 2020. Il consiste à attribuer à chaque citoyen et entreprise une note représentant la confiance dont ils sont dignes. Des « mauvais points » pourraient être distribués en cas d’opinion politique dissidente, de recherche en ligne suspectes ou de passage piétons traversés au rouge. Les punitions pourraient être l’interdiction de voyager en première classe, d’accéder à une promotion ou encore d’envoyer ses enfants dans les meilleures écoles. En Europe aussi l’attrait pour l’intelligence artificielle explose: en janvier 2018 Facebook a annoncé un investissement de 10 millions d’euros pour développer la recherche sur l’intelligence artificielle en France, et Google a suivi le pas en choisissant Paris pour son deuxième centre européen d’intelligence artificielle.

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