Comment yukong déplaça les montagnes Joris Ivens

Comment Yukong déplaça les montagnes, une aventure unique au coeur de la Chine de la Révolution culturelle

Le 3 juin 2014 est sorti en DVD chez Arte la gigantesque fresque de plus de 13 heures de films Comment Yukong déplaça les montagnes, une aventure unique au cœur de la Chine de la Révolution culturelle, filmée par Joris Ivens et Marceline Loridan. Joris Ivens est sans conteste l’un des plus grands documentaristes. Il est connu pour son soutien aux peuples en lutte: il est le premier réalisateur étranger à travailler en Union Soviétique en 1932 – se liant par la même occasion d’amitié avec Sergueï Eisenstein et Poudovkine. Par la suite il tourne Indonesia Calling, consacré à la grève des dockers et des marins australiens militant contre la colonisation de l’Indonésie, ce qui lui valut d’être déchu pour des années de sa nationalité hollandaise. Il parcourt ensuite le monde, en particulier le Vietnam, le Mali et bien sûr la Chine dans les années 1970. Retour sur la genèse du projet.

Comment Yukong déplaça les montagnes

Nous sommes en 1972 et au même moment où Antonioni filme à Pékin son documentaire Chung Kuo, La Chine, Joris Ivens est également en Chine, sur invitation du gouvernement chinois. Lorsqu’il arrive, Zhou Enlai, alors Premier ministre de la Chine, lui demande pourquoi il n’est pas venu avec sa caméra. Il pense que le temps est venu de faire un film. Pendant que Joris Ivens rentre en Europe rassembler le matériel nécessaire, Zhou Enlai en profite pour diffuser les films sur les événements de Mai 68 en France que Joris Ivens a emmené dans son bagage. Ce dernier restera ensuite en Chine jusqu’en 1976 et en ramènera Comment Yukong déplaça les montagnesun film de douze heures réalisé avec sa femme Marceline Loridan, avec comme objectif de montrer les acquis et le sens de la Révolution culturelle. Ce film est composé de douze épisodes et montre comment on vit dans certains lieux : une pharmacie, une école, un village de pêcheurs, etc. En tant que vieil ami de la Chine, Ivens a obtenu un sauf-conduit du gouvernement chinois lui permettant de filmer n’importe où.

Le film d’Ivens est souvent décrit comme la démarche inverse du film d’Antonioni. Ivens porte en effet un regard socio-politique sur la Chine, ne cachant pas ses convictions et son idéologie, contrairement à Antonioni qui ne se veut pas comme un idéologue. Ivens dira d’Antonioni qu’il « impose la caméra, prend les gens en traître » et parle même de « viol des individus ». Ce qui n’empêcha pas au film d’Ivens d’être à son tour critiqué, tout comme le fut celui d’Antonioni. Une liste de soixante et un points à modifier est transmise à Ivens. Par exemple lors d’une scène dans un parc, on aperçoit une femme avec les pieds bandés. Le gouvernement souhaite qu’Ivens supprime cette scène ou ajoute un commentaire précisant qu’il s’agit d’un vestige de la vieille Chine que l’on ne voit que chez les femmes de plus de soixante ans. De même ils ne souhaitent pas voir apparaître à l’écran les plans où l’on aperçoit des femmes voilées au Xinjiang. Dans une autre scène, filmée le matin avant le lever du soleil, la photo est trop grise et cela pourrait laisser croire qu’il s’agit de pollution lui dit-on encore.

Image du film Joris Ivens
Capi Films ©

Il y en avait des pages et des pages, et Zhou Enlai, malade et hospitalisé, ne pouvait les aider. Il leur a juste fait passer un message pour leur dire de quitter rapidement le pays et de faire sortir le film. Joris Ivens et Marceline Loridan n’ont pas souhaité modifier leur film. Le film sort dans quatre cinémas parisiens en 1976 et sera un succès : six mois à l’affiche, 300 000 entrées, mais la presse chinoise resta complètement silencieuse. Zhou Enlai meurt en janvier 1976 sans avoir vu le film, puis c’est au tour de Mao. Suite à l’arrestation de la Bande des Quatre, le film est présenté à Pékin, mais dans une version raccourcie sous prétexte qu’on y voit d’anciens partisans de Jiang Qing, la femme de Mao. Le film fut par la suite diffusé à la télévision dans différents pays tels que le Canada, la Finlande, la Hollande, l’Allemagne fédérale, les États-Unis et l’Italie. La France quant à elle ne montra que quatre heures de Comment Yukong déplaça les montagnes, ce que Joris Ivens déclarait « minable », étant donné que le film était produit à 100% avec de l’argent français. Il faudra attendre juin 2014 pour que le DVD sorte enfin dans son intégralité.

http://boutique.arte.tv/f9764-yukong

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