Hanoi voie ferrée

Vietnam: de Hanoi jusqu’à Lao Cai, à la frontière chinoise

Après le Cambodge et la Chine,  je vous rapporte cette fois mes élucubrations du Vietnam, de Hanoi jusqu’à Lao Cai, en passant par la baie d’Halong. La méthode est la même, petite souris dans mon bagage, vous serez les témoins de mes réflexions, sentiments et souvenirs tels que ressentis sur le moment.

Aéroport de Paris Charles de Gaulle

Au check-in je choisis une place tout à l’arrière de l’avion. Bonne idée, je suis seul dans ma rangée de trois. Le mec à l’arrière de mon siège s’allonge ; je l’imite. Puis je regarde The Adventurers, un film hongkongais avec Andy Lau, Shu Qi et… Jean Reno. Sacré mélange. Premier vol long courrier pour un jeune qui va rejoindre ses potes de quartier à Phuket, il s’étonne d’avoir droit au jus d’orange et au repas.Escale à l’aéroport de Doha, moderne, luxueux, mais sans aucun charme. Gucci y côtoie Hugo Boss, sans oublier la boutique dédiée au Paris Saint Germain. Je teste un thé karak (thé noir-lait-cardamome) et quelques pâtisseries Qataris qui à n’en pas douter laissent des traces de sucre, miel et autre sur l’écran de mon téléphone.

Doha vu des airs

Hanoi, « la ville entre les fleuves »

J’arrive à Hanoi, que le Routard gratifie du titre de « l’une des capitales les plus captivantes d’Asie du Sud-Est ». La première chose qui me frappe est cette odeur caractéristique de l’Asie. L’air est pollué. Les câbles électriques sont entremêlées. Les trottoirs sont encombrés. Les taxis proposent des prix trop cher par rapport à la distance. Pas de doute, je suis bien en Asie. Je décide de commander un Uber depuis l’aéroport jusqu’à mon hostel, au moins je suis sûr de ne pas trop me faire arnaquer. Via l’application, ici on a le choix entre moto et voiture. J’apprends qu’Uber se retire progressivement du marché sud-est asiatique, au profit de son concurrent Grab. On croise des backpackers qui négocient – avec succès – une nuit gratuite en hôtel en échange d’un avis positif sur le site de Booking.

Hanoi est une fourmilière. Je me balade au milieu des gaz d’échappements ; ici, sur la route, ce sont les motocyclettes qui font la loi. Je rencontre un australien (à moins qu’il soit néo-zélandais ?), proche de la retraite, qui vit à Hanoi depuis huit ans. Il m’explique qu’il pense à changer de ville car la circulation devient infernale. Un jour avant, il a dû laisser son engin sur le bord de la route et continuer à pied tellement la route était embouteillée… Dans le pays, un habitant sur deux possède une moto. Rien qu’à Hanoi, sur les presque 8 millions d’habitants, il y a plus de 6 millions de motocyclettes. Le gouvernement pense à interdire les deux roues à Hanoi d’ici 2030… bonne chance. Il m’explique qu’il voudrait aller en Chine, mais comme il est journaliste, on ne lui accorde pas de visa. Il me montre une lycéenne, assise un peu plus loin, en train de boire un café glacé, et me dit: « Le Vietnam est en train de changer. Maintenant les filles mettent du rouge à lèvre pour aller à l’école ».

Hanoi

Lao Cai, à la frontière avec la Chine

Lao Cai se situe à l’extrémité nord du Vietnam, à la frontière avec la Chine. Pour y arriver, le mieux est de prendre le train de nuit: 8h dans un train couchette, plutôt confortable, depuis Hanoi. La ville de Lao Cai fut détruite par la Chine en 1979 durant la guerre sino-vietnamienne et la frontière n’est réouverte que depuis 1993. C’est un point de passage important depuis/vers Kunming. La rivière fait office de frontière naturelle et on peut voir le pont séparant les deux pays. D’un côté Lao Cai, de l’autre la ville de Hekou, dans la province du Yunnan.

Depuis le Vietnam, lorsqu’on regarde la Chine de l’autre côté, ce qui frappe tout de suite ce sont ces grands buildings. Et puis, bien sûr, ces affiches de propagande (vous me permettrez le terme) pour le président – désormais à vie ? – Xi Jinping. J’en compte trois, sur fond rouge, rien que sur cette photo. 

Lao Cai frontière chinoise

Les minorités autour de Sapa

Près de Sapa, dans les rizières de la minorité Hmong. Nous sommes véhiculés, deux femmes demandent si cela est possible qu’on les ramène sur Sapa. L’une d’entre elles nous dit qu’elle est marié avec un Chinois, et qu’elle est partie vivre en Chine. Elle est là juste pour des vacances. Je teste mon mandarin – elle me répond. Parler dans une autre langue délie toujours les langues. Elle m’explique qu’elle est heureuse d’être marié à un Chinois. Je suis un peu surpris, connaissant la réputation des Chinois dans la région (certains n’hésitent pas à aller acheter des femmes dans le Nord Vietnam). On m’explique que, de toute façon, le mariage par rapt est aussi fréquemment pratiqué chez les Hmongs. Et que son mari cuisine et s’occupe bien d’elle. Elle me dit que les hommes des minorités de la région sont plus machos, parfois même violents, et qu’elle est donc contente. Son amie rajoute: « Moi aussi j’aimerai bien trouver un mari Chinois ». 

Les femmes portent toutes le costume de leur ethnie. Au repas, c’est avec elles qu’il faut trinquer, cul sec, quelques verres de l’alcool de riz local. Plus on boit, plus on montre notre gratitude pour l’hospitalité. Les hommes, quant à eux, fument du tabac dans un tube de bambou d’environ 50 centimètres. Les familles possèdent en général un buffle, pour le travail aux champs, parfois pour des combats. Au marché de Bac Ha, on le trouve également sous forme de viande, la carcasse se faisant vider par quelques commerçants.

marché-bah-ha

Bãi Cháy, la station balnéaire de la baie d’Halong

Bai Chay est une des portes d’entrées de la baie d’Halong et est le beach resort par excellence. Le long du front de mer s’entassent des restaurants, boutiques, bars et clubs – et même un parc d’attraction. Durant la haute saison, cela doit être très festif et touristique. Début mars, c’est complètement désert. Deux choix s’offrent alors: il y a quelques Occidentaux à la terrasse d’un bar, sirotant une bouteille de Tiger. Un peu plus loin, un groupe de touristes sud-coréens s’égosillant sur un karaoké. Va pour la deuxième option. Après quelques minutes, c’est tout un tas de bières et de mangues qui se retrouvent sur la table, courtoisie du groupe de Coréens. Fidèle à eux-même, en une heure ils dansent et chantent sur tous les tubes coréens du moment et s’envoient une cuite express. Un des Coréens explique: « In Korea, work hard, party hard ». 

Depuis Hanoi, il faut compter environ 4-5 heures de bus pour rejoindre Bai Chay. La langue vietnamienne utilisant un système d’écriture avec l’alphabet latin, il est plus aisé qu’en Chine ou en Birmanie de se diriger et de lire les destinations à l’avant des bus. La langue s’écrivait auparavant en caractères chinois. C’est le jésuite français Alexandre de Rhodes qui au 17ème siècle écrivit le premier dictionnaire vietnamien (annamite) – portugais – latin et fut l’un des instigateurs de la romanisation de la langue. Il n’est ainsi pas rare de voir des mots ressemblants au chinois, mais aussi au français: cà phê (café), pho mát (fromage), sô cô la (chocolat), bích quy (biscuit), etc.

C’est parti pour la visite de la baie d’Halong. On retrouve ces paysages dans quelques films bien connus, par exemple Indochine  avec Catherine Deneuve et plus récemment Kong: Skull Island. Le début se veut très rassurant: le chauffeur du bus nous met la musique du Titanic juste avant d’embarquer pour la croisière… La vue de ces îlots et rochers qui sortent de mer est vraiment impressionnante, et la brume donne à la baie des allures un peu mystiques… pas étonnant que les dragons de la légende vietnamienne aient choisi cet endroit.

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