viande de chien

Le festival de la viande de chien de Yulin

Le 21 juin se tient chaque année en Chine, dans la ville de Yulin, province du Guangxi, le festival de la viande de chien. Puisque je vois sur les réseaux sociaux les gens s’agiter et traiter les Chinois de « sauvages », cet article me paraît nécessaire afin d’éviter les généralisations et de comprendre le pourquoi du comment. 

D’abord il faut savoir que la cynophagie (pratique qui consiste à manger du chien) se retrouve dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie (surtout en Corée, au Viêtnam, chez les chrétiens d’Indonésie, dans le Sud de la Chine). Mais aussi en Europe jusque peu (la dernière boucherie canine a fermé en Allemagne en 1940, on en trouvait en France jusqu’au début du XXe siècle, manger de la viande de chien est toujours légal en Suisse, etc.).

 De la viande de chien au menu d’un restaurant coréen à Dandong, Chine

Ensuite je tiens à préciser que ce festival se tient dans la province du Guangxi, auprès de la minorité Zhuang (l’une des 55 minorités du pays), est n’est en aucun cas représentatif des Chinois dans leur ensemble. Ce festival choque énormément de Chinois et en mobilise beaucoup d’autres, telle Yang Xiaoyun une femme de 65 ans qui a déboursé près de 1 000 euros pour sauver 100 chiens, donc gare aux généralisations. Il est vrai qu’on dit des habitants de Chine du Sud qu’ils « mangent tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables et les chaises ». Dans la Chine du Nord, à la campagne, dans les régions pauvres et froides, on retrouve également encore cette pratique. Mais dans les grandes villes, le chien est bel et bien un animal domestique. Je me souviens encore, lors de mes ballades dans les hutongs de Pékin, avoir croisé beaucoup de Chinois promenant leurs chiens (et pas pour les manger, je précise au cas où…). Comme en témoigne cette photo prise à Pékin le printemps dernier.

pékinois-chien

Le plus important est, je le crois, les conditions dans lesquelles se déroulent effectivement ce festival. On ne connaît pas toujours la provenance de ces chiens car ils ne proviennent pas d’élevages réglementés. Certains peuvent venir de rapt de chiens errants, d’autres encore de vols de chien à leur propriétaire… On y trouve donc quelques vieux chiens, malades. Pour toutes ces raisons, le risque sanitaire est élevé. Les conditions dans lesquelles les chiens sont traités causent aussi problème puisque certains chiens sont battus, maltraités. On retrouve également sur le marché quelques chats, et les problèmes sont les mêmes. Le manque d’encadrement de ce festival est donc le problème principal et dénoncer ces conditions est une bonne chose pour la cause animale.

En revanche j’ai lu certains affirmer qu’on ne peut pas « manger le meilleur ami de l’homme ». Déplaçons maintenant notre regard. Oui vu d’Occident le chien est le meilleur ami de l’homme. Et il l’est certainement aussi pour tous ces habitants de Pékin que j’ai vu promener leur chien. Mais pour les paysans du Guangxi c’est manger du boeuf qui est cruel. Le boeuf est certainement le plus fidèle compagnon de ces paysans qui travaillent la terre et cultivent le riz, comme c’est le cas dans la province du Guangxi, pas loin du Viêtnam.

J’ai croisé en Birmanie également beaucoup de bouddhistes outrés qu’on puisse manger de la viande de boeuf alors que le boeuf aide tellement l’homme dans ses récoltes et sa vie quotidienne (voir photo ci-dessous). Il y a un vrai respect pour l’animal. Sans parler de l’Inde où le boeuf est sacré. De plus, en Inde ou en Birmanie, les chiens ne sont pas considérés comme « le meilleur ami de l’homme » puisque les seuls chiens qu’ils connaissent sont des meutes de chiens des rues, errants, semi-sauvages, aussi appelés chiens parias, en surnombre et parfois dangereux (car malades ou affamés et agressifs). Pas exactement la même chose que nos gentils Yorkshire donc.

boeuf-respect-birmanie

Et que penser de la viande de cheval chez nous ou encore du limage du bec de nos poules ? Un abattoir de bovins français choquerait certainement un hindou. Voilà pourquoi une autre perspective sur une situation est nécessaire. N’oublions pas aussi que certains commerçants chinois voient juste ce festival comme un moyen comme un autre de gagner de l’argent dans une région très pauvre. Au final peu importe que vous achetiez le chien pour le manger ou pour le domestiquer, l’important est que vous lui achetiez. Voici la réalité économique.

Vous l’aurez compris, je ne défends pas pour autant les conditions dans lesquelles se déroulent ce festival. Les images des cages et des chiens dans les sacs ne me plaisent pas plus qu’à vous. Mais j’essaie juste de déplacer un peu le regard que nous portons sur les choses. Si vous voulez en savoir un peu plus et que vous n’êtes pas trop sensibles (on y voit sur les étals de la viande de chien et sur les marchés des chiens en cage, un peu comme on voit ailleurs des canards pendus à des crochets ou des poulets en cage), voici un reportage vidéo de Vice (17min) qui traite du sujet: Le festival de la viande de chien de Yulin – Vice

7 réflexions au sujet de « Le festival de la viande de chien de Yulin »

  1. Je me tue régulièrement à expliquer que culturellement, il n’est pas plus horrible de manger du chien que du lapin. Mais l’ouverture d’esprit n’est valable que dans un sens en général 😉
    En tout cas, très bien rédigé et nuancé! Merci beaucoup!

    1. Il y a manger du chien ,qui n’est pas différent qu’un autre animal,mais il est extrêmement choquant de voir les tortures et agonie qu’ils subissent avant d’être tué. Cela est juste abjecte !

    2. Il ne s’agit pas de tuer un animal pour se nourrir , mais de torturer des animaux avant de les tuer, et cela en toute légalité !

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