Le « crypto-yuan », la nouvelle monnaie numérique chinoise

Il y a plus de dix siècles, la Chine inventait la monnaie papier. Aujourd’hui, l’utilisation des billets de banque est en chute libre dans le pays, et la Chine pourrait devenir le premier pays à voir le billet disparaître.

La Chine et les cryptomonnaies

La Chine « mine » (c’est-à-dire produit) environ 65% du Bitcoin mondiale selon la Bitcoin Mining Map de l’Université de Cambridge. Les Etats-Unis arrivent en seconde position avec 7,24%. Et à l’intérieur du pays, c’est le Xinjiang qui arrive en première position des provinces qui « minent » le plus, avec 35,76% de la production nationale. Suivent ensuite le Sichuan (9,66%), la Mongolie Intérieure (8,07%), le Yunnan (5,42%) et Beijing (1,73%).

bitcoin chine

Pourtant, depuis 2017, l’échange de cryptomonnaies est interdit en Chine. La volonté du gouvernement est en effet de contrôler ce secteur, comme elle l’a fait avec Internet. La cyber-souveraineté est une notion chère au gouvernement de Pékin. La Chine travaille ainsi depuis 2014 au développement d’une monnaie virtuelle centralisée, officiellement nommée DCEP (Digital Currency Electronic Payment).

La DCEP: cryptomonnaie ou monnaie numérique ?

La DCEP est une Monnaie Numérique de Banque Centrale (MNBC). Il est important de comprendre que la MNBC n’est pas une cryptomonnaie. La MNBC est entièrement contrôlée par les banques émettrices. Il s’agit ainsi d’une monnaie centralisée, et non pas décentralisée comme peuvent l’être le Bitcoin, l’Ethereum et autres cryptomonnaies. La valeur d’une MNBC est stable car similaire à la devise physique: 1 yuan numérique équivaut donc à 1 yuan physique. A l’inverse, le Bitcoin par exemple est devenu très spéculatif et son cours fluctue en permanence.

Entre mai 2020 et mai 2021 on peut voir que la valeur d’un Bitcoin est passé de 8000€ à 50 000€, ce qui montre sa volatilité


Tests en cours dans plusieurs villes chinoises

Les tests ont d’abord été effectués dans 4 villes: Shenzhen, Suzhou, Xiong’an et Chengdu.

Le choix de Xiong’an est très révélateur: Xiong’an est une grande métropole située à 100 kilomètres de Pékin que Xi Jinping veut transformer en nouveau centre high tech et ville intelligente. La nouvelle ville accueille déjà des entreprises comme Tencent, Alibaba ou encore Baidu.

Le gouvernement fait tout pour promouvoir l’utilisation de sa monnaie numérique. A titre d’exemple, la ville de Shenzhen a organisé en novembre 2020 une loterie géante dans le cadre de laquelle 50 000 résidents de la ville pouvaient gagner 200 yuans numériques (environ 25€). Autre exemple: certains employés du gouvernement recevront au moins une partie de leur salaire dans cette nouvelle monnaie numérique.

Plus récemment, en avril 2021, les tests ont été étendus à Shanghai, Hainan, Changsha, Xi’an, Qingdao et Dalian. On imagine que le gouvernement se verrait bien annoncer le lancement officiel du DCEP lors des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en 2022.

Certes, la Chine n’est pas le premier pays à avoir une monnaie numérique, puisque la Lituanie et la Suède l’ont devancé, mais la Chine pourrait bien être le pays qui l’utilise à la plus grande échelle. Depuis, plusieurs pays ont annoncé faire des tests de leurs propres monnaies numériques, dont le Japon, la Russie, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Thaïlande, etc. Côté Europe, la Banque Centrale Européenne y réfléchit toujours, et devrait se prononcer d’ici l’été 2021…

Les avantages pour la Chine

Les services de paiement virtuels AliPay et WeChat Pay sont aujourd’hui extrêmement populaires en Chine. Il est dans l’intérêt du gouvernement chinois de reprendre le contrôle sur la circulation de sa monnaie et de mettre un terme au monopole des systèmes de paiements des grandes entreprises que sont Alibaba (qui gère AliPay) et Tencent (qui gère WeChat Pay). Cela permet également à la Chine de tracer tous les échanges et de réduire drastiquement les activités illégales et le blanchiment.

Le paiement se fait directement via smartphone, grâce à la technologie NFC (la même qui permet le paiement sans contact pour une carte bancaire), et sans aucune application à installer. La technologie NFC fonctionnant sans que le téléphone ait besoin d’être connecté à Internet, la DCEP permet d’élargir le paiement numérique aux régions les plus reculées du pays. Ce qui n’est pas possible avec AliPay ou WeChat Pay, qui nécessitent de scanner un QR code et d’avoir une connexion Internet.

Outre le contrôle sur sa monnaie et sur les échanges monétaires, une monnaie numérique permet aussi de réduire fortement le coût d’émission de la monnaie: pour les banques centrales les billets et les pièces sont chers à produire, distribuer et remplacer. Par exemple, le coût de production et de gestion des petites pièces dépasse largement leur valeur nominale.

Un yuan numérique pourrait également permettre à la Chine de défier le dollar américain et sa position de référence pour les échanges internationaux. La Chine pourrait étendre son influence en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est et commercer avec les pays sanctionnés par les Etats-Unis, comme l’Iran par exemple.

Enfin, en ces temps de coronavirus, on pourrait ajouter l’argument de santé publique: plus besoin de manipuler et échanger des pièces et billets.

Photo by Japanexperterna.se on Foter.com

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