Instantanés du Cambodge

Un instantané est une image capturée d’une action ou d’un évènement. Cet article se veut comme le reflet de ma pensée à l’instant t, au fil de mes déambulations au Cambodge, sans recherches et analyses comme à l’accoutumé. D’où l’idée de vignettes, d’instantanés du Cambodge, à lire comme on regarde un polaroid. 

Phnom Penh

Arrivé à l’aéroport de Phnom Penh, je me rends compte que j’ai oublié la photo d’identité normalement nécessaire pour le visa. 3$ plus tard, l’affaire est réglée: finalement, pas besoin de photo. Tuk-tuk jusqu’à l’hostel, le chauffeur me propose déjà des filles. Je refuse poliment. Puis il me demande combien coûte une fille en France, je lui répond: « I don’t know ». Il me regarde, l’air surpris, et répète: « You don’t know !? ».

« Phnom Penh est une ville à taille humaine, mais certains estiment qu’elle a depuis peu les défauts de la grande ville sans en avoir les avantages » écrit Frédéric Amat dans La drôle de vie des expatriés au Cambodge. C’est vrai qu’on y croise peu de multiplexes ou de centres commerciaux et que la circulation y est anarchique. Et c’est peu dire. On croise en revanche, aux alentours de la rue 136, une multitude de bars à hôtesses, dont celui-ci dont la nom m’a amusé: Same same but different. Dans un autre quartier, vers Pub Street, j’ai pu savourer ma première bière Angkor depuis un des rooftops d’un hostel trop bruyant où des « Party kids » s’amusent à envoyer des « Snaps ». Je demande si ils ont le Wi-Fi: « Wi-Fi is holiday ». Cool, je cherche les réseaux. La serveuse rigole: « No, Wi-Fi is broken, so Wi-Fi holiday ! ». Vu comme ça… autant profiter de sa bière.

Phnom Penh – Battambang

Je prends le bus de Phnom Penh à Battambang, il est 11h30. Je confirme à un cambodgien la durée du trajet: « 5 heures, c’est bien ça ? » Il rit et me répond « Oui, 5 heures… plus ou moins ». Le bus est plein mais des personnes arrivent encore. Le chauffeur place des chaises en plastique dans l’allée centrale. Deux cambodgiennes restent sans sièges. Qu’à cela ne tienne, le chauffeur sort une planche en bois et la place entre mon siège et celui de l’allée à côté. Résultat: au lieu d’une rangée de quatre, nous formons désormais une rangée de six. C’est parti. Le bus enchaîne les slaloms au milieu des motos, camions, piétons et boeufs avec le klaxon comme seule arme. Au bout de 5 heures de route, la climatisation se met à arrêter de fonctionner. Cela commence à sentir le brûlé. Le bus s’arrête, j’en profite pour descendre et voir ce qu’il se passe. Il faut changer la courroie. Le chauffeur s’y attaque pendant que les passagers vont acheter quelques fruits à un marchand. Trente minutes plus tard, nous voilà reparti. Nous passons devant une fabrique de textile. Un de mes voisins n’hésite pas à m’expliquer qu’elle appartient en fait à, je cite, « l’envahisseur chinois ». Le temps passe, il est 18h30 lorsque le bus me laisse au milieu d’une horde de moto-taxis à Battambang. Total: 5$ et 5h de route… plus ou moins.

Battambang

Arrivé à l’hôtel, une affiche au niveau de l’ascenseur annonce le ton. Merde, c’est trop con, moi qui comptais ramener quelques durians et grenades dans ma chambre… Cela dit, c’est vrai que garder un durian sur sa table de nuit peut être plus dangereux que de conserver une grenade à main sous son matelas. Le durian n’a pas volé sa réputation de « fruit qui pue, fruit qui tue ». À noter aussi cette inscription à l’arrière de ma bouteille d’eau: « Say No to Drug ». M’voyez… Edit: je viens de voir aussi l’inscription « sex trafficking prohibited » dans la chambre, décidément on ne peut rien faire ici…

Dans les environs de Battambang, des enfants tentent de vendre des bracelets aux groupes de touristes qui arrivent. Un peu plus loin, à l’abri des regards, on croise un gamin, tout seul, qui fait un petit feu. Si on s’approche pour voir, sur les braises est en train de cuire un rat. À quelques pas de là, on croise pleins de coqs dans des enclos, un petit gobelet pleins de médicaments accroché aux grillages. Naïf celui qui croit qu’ils sont ici pour être élevés et mangés. Ce sont en réalité des coqs qui vont s’affronter dans des combats autour d’alcool et d’échange de billets. 

Sieam Reap

À Siem Reap se mêle une foule assez hétéroclite: on y croise aussi bien des familles venues admirer les merveilles du temple d’Angkor Wat que des backpackers plus intéressés par la pinte à 1$ du bar Angkor What?… sans oublier les bus de touristes chinois. Nous sommes d’ailleurs en plein nouvel an chinois lorsque j’y suis, et l’ambiance est à son comble dans Pub Street. D’énormes amplis diffusent de la musique à fond, une des vendeuses du marché improvise quelques pas de hip-hop pour le plus grand plaisir des fêtards qui lui achètent des bracelets. On oublierai presque qu’à 7 km de là se dressent les majestueux temples d’Angkor.

Ces mêmes temples, où, il y a plus de 90 ans, en 1923 plus précisément, s’est rendu le jeune André Malraux pour piller les statues du temple de Banteay Srei. Alors qu’il a perdu le pécule qu’il avait placé dans des actions mexicaines, Malraux prétend une mission archéologique et s’invente des cours à l’Ecole des langues orientales puis pars avec sa femme Clara pour Siem Reap dans le but de faire du trafic d’antiquités khmères et de se renflouer un peu. Il sera finalement dénoncé et arrêté avec – tout de même – une tonne de pierres sculptées. Cela lui vaudra une condamnation à trois ans de prison, avant que son épouse mobilise le Tout-Paris de l’époque (Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide, pour ne citer qu’eux) et finisse par obtenir un nouveau procès. Finalement, la peine de Malraux sera réduite à un an et huit mois avec sursis.

De retour sur Pub Street, l’ambiance y est toujours électrique. Ici, on ne peut pas dire que les bars incitent à y aller avec modération. Un des bars de la rue affiche fièrement en devanture « Promoting irresponsible drinking since 1998 » alors que la serveuse du bar voisin porte un t-shirt mentionnant « open until the last one pass out ». Un peu plus loin, en s’enfonçant au fond d’un marché qui se tient dans un hangar, à l’écart de la folie de la rue principale, tous les soirs des ladyboys font un spectacle de danse et de playback. Encore mieux, il est possible de se faire masser juste devant la scène pour 3$. Concept intéressant qui a l’air de plaire aux touristes asiatiques qui font la queue.

Siem Reap – Phnom Penh – Kampot

Aujourd’hui c’est reparti pour 6 heures de bus entre Siem Reap et Phnom Penh, afin de rejoindre ensuite Kep. Enfin, 6 heures, plus ou moins… Force est de constater que ce trajet en bus s’est passé avec moins de contretemps que mon précédent voyage. Si ce n’est qu’on m’a fait aller dans un van, qui lui même m’a emmené à un bus, qui lui même m’a amené à encore un autre bus. Et que le siège devant moi s’incline en arrière dès que la personne tente timidement de s’adosser.  Mon bus double une voiture qui elle même en double une autre. Un scooter en percute un autre. « Fast and Furious en technicolor et cascades 3D », comme le décrit justement Frédéric Amat dans son livre. Sur « l’air de repos » j’achète des chips. Merde, j’avais pas vu le « goût kimchi » écrit sur le paquet. Bon c’est pas si pire après tout.. Le bus repart, je m’endors un peu. Lorsqu’on se réveille, on joue toujours à deviner l’heure qu’il est, ou plutôt l’heure qu’on voudrait qu’il soit. J’arrive à Kampot juste à l’heure pour le marché de nuit.

Kep

Le poivre de Kampot est cultivé dans les provinces de Kampot et de Kep. C’est un des meilleurs poivres au monde. Il a failli disparaître lorsque, sous les khmers rouges, son exploitation a été réduite à néant. Aujourd’hui son exploitation a repris, et pour visiter une des plantations il vous faudra vous armer d’une moto ou d’un tuk-tuk afin d’affronter les pistes qui y mènent. Puis direction Kep et sa plage. Quelques gamins jouent au volley dans l’eau. Un d’eux me lance la balle pour une partie improvisée. Il me dit une phrase en khmer ; comme je ne comprends pas, je répète. En fait, cela signifiait « encore une fois ? », afin de savoir si je voulais continuer à jouer. En répétant sa phrase en mode perroquet, la partie aurait pu durer longtemps. Je repars doucement, tout est calme, on entend seulement le claquement des tongs et le bruit de la mer…

3 réflexions au sujet de « Instantanés du Cambodge »

  1. ah ! ah ! trop drôle le coup du bus pour Battambang ! à croire que nous étions dans le même… mais non, moi c’était juste en janvier ! super le coup des instantanés, j’aime bien, c’est vivant, on s’y croit.

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