Statue de Mao Chengdu

De Chengdu à Jiuzhaigou, instantanés du Sichuan

Vous l’aurez compris, je m’adonne une fois de plus, après le Cambodge, à l’exercice du carnet, de la vignette. Direction Chengdu et le Sichuan. Ce qui compte, c’est la sensation au moment de l’écriture. Les photos ne sont là que pour illustrer la pensée. C’est vrai que, parfois, je regrette le temps où l’on voyageait et ramenait des écrits, où l’on tenait un journal. Pour citer Sylvain Tesson dans Une très légère oscillation, à propos du journal: « On s’y plonge pour oublier les trépidations, on y confie une pensée, le souvenir d’une rencontre, l’émotion procurée par un beau paysage ou, mieux, par un visage, ce paysage de l’âme ».

Chengdu

Nous sommes le dimanche 30 avril. À l’hostel ils ont un chat qui s’appelle Xiao Mi. À la réception, tout le monde m’appelle Da Mi. Il y a désormais Xiao Mi et Da Mi. Je me balade dans Renmin Park, il fait 26 degrés, j’espère qu’on peut bronzer à travers la pollution. Beaucoup de gens sont venus depuis Chongqing visiter Chengdu pendant ce week-end férié. Des familles posent des feuilles A4 à même le sol. Dessus, on peut y lire des descriptions semblables à celles que l’on retrouverait sur un CV: âge, taille, sexe, revenus, tout y passe. Il s’agit en fait d’un des marchés aux célibataires où les parents ou grand-parents s’échangent les numéros de téléphone dans l’espoir de marier leurs progénitures avec un bon parti. 

marché aux célibataires Chengdu

Les couples dansent sur de la musique pop trop forte, un chinois fait de la calligraphie à même le sol avec un grand pinceau trempé dans l’eau: c’est l’éphémère qui rend sa calligraphie encore plus belle. Un peu plus loin je me fais aborder pas trois jeunes étudiantes chinoises qui veulent m’interviewer pour leur école. L’une m’interroge sur mes méthodes pour réserver mes billets d’avion, pendant que l’autre me filme et que son amie nous observe. Une fois fini, hors caméra, elle commence à me questionner sur la France, un peu avec insistance, ce qui est étrange pour une jeune chinoise. Je me rendrai finalement compte qu’elle est amoureuse d’un Français qu’elle a rencontré à l’université et qu’elle cherche des sujets pour discuter avec lui.

J’arrive sur Tianfu Square. Avant 1967 se dressait ici un palais ancien, détruit par les gardes rouges. Désormais trône fièrement à la place une statue de 30 mètres de haut représentant Mao. Vue d’en haut, la place se veut comme un gigantesque yin et yang. Le Sichuan a été victime d’un terrible tremblement de terre en 2008. Chengdu a été épargnée par rapport à ses environs. Certains disent, pour rigoler (quoi que…), que c’est Mao qui sur Tianfu Square a bloqué le tremblement de terre. 

Le centre de recherche sur le panda géant de Chengdu

Pourquoi « panda géant » me direz-vous ? Et bien parce qu’il existe deux espèces de pandas: le panda géant – 大熊猫 en chinois – et le panda roux, aussi appelé petit panda – 小熊猫 en chinois. Fun fact: son nom chinois – mais aussi tibétain – signifie chat-ours. En partant à 6h30 j’ai pu arriver tôt au centre et éviter ainsi la majorité des groupes chinois ainsi que les 30 degrés de l’après-midi. Un panda passe 16 heures de sa journée à manger, ce qui fait qu’on les voit principalement manger – et dormir au sommet des arbres. Tiens, je ne savais pas qu’un panda ça grimpait aux arbres.

Panda Chengdu

C’est le Père David, un prêtre français, qui fut le premier occidental à découvrir le panda, en 1869. Dans son journal, il écrit: « Le jeune ours est tout blanc, à l’exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux, qui sont d’un noir profond. Il s’agit donc ici d’une espèce nouvelle d’urside qui est très remarquable ». Il le nommera Ursus melanoleucus – « ours noir et blanc ». Désormais il reste moins de 1000 pandas dans la nature, et la Chine est le seul pays à en avoir. Un village chinois a d’ailleurs été rebaptisé Dawei xincun, soit « Nouveau village David » en hommage au Père David.

Le Grand Bouddha de Leshan

Inscrit au patrimoine de l’UNESCO, le grand bouddha de Leshan, taillé dans la montagne, est le plus grand au monde avec ses 71 mètres. Enfin il parait qu’ils ont découvert un autre bouddha dans une montagne du Guizhou depuis… Il date de la dynastie Tang, soit de 713 à 803. Je prends le train depuis Chengdu. Arrivé à la gare de Leshan, une chinoise avec un drapeau et un mégaphone annonce qu’il faut faire la queue pour prendre le bus pour le grand bouddha. Je me rends vite compte qu’il s’agit de grands cars de touristes. Je fuis et me rends vers la gare routière la plus proche (en fait juste de l’autre côté de la rue). Le bus public va jusqu’au grand bouddha en 30 minutes pour seulement 1 yuan (~0,13 centimes d’euros). Dans le bus je discute avec une chinoise, guide touristique, qui me conseille de me rendre dans le Yunnan. C’est noté pour la prochaine fois. Une foule se presse autour du grand bouddha pour pouvoir le prendre en photo. Dans la forêt environnante, pas un chat. Je croise en revanche un serpent.

Grand bouddha Leshan

Jiuzhaigou

J’ai juste adoré rester chez Ama et Zhou Ma à Jiuzhaigou. Je suis d’abord arrivé à leur restaurant après 9 heures de bus depuis Chengdu et suis resté une heure à discuter et boire le thé avec les serveuses qui n’avaient rien de mieux à faire à ce moment. Tout y passe évidemment: est-ce que je suis marié, quel âge j’ai, combien je gagne, etc. Puis ils m’ont emmené 15 km plus loin dans leur maison familiale aménagée pour recevoir les voyageurs. Ama parle le tibétain, mais se débrouille en mandarin et un peu en anglais, alors en attendant que mon tibétain s’améliore, on a parlé en Chinglish. Elle m’explique qu’elle aime l’air pur de la montagne, qu’à Chengdu elle tousse à cause de la pollution. Son fils me demande comment traduire « allumer/éteindre la lumière » en anglais. Je lui explique « on/off ». Il répète puis sors son téléphone et s’enregistre: « on/off ». Ama a préparé un repas que je partage avec un italien de passage également. Puis elle me demande si j’ai aimé la viande, je réponds que oui. Elle me dit qu’elle est contente que j’aime le yak. Ah c’était donc ca. Je finis ma tasse de thé au beurre de yak et je suis prêt pour explorer Jiuzhaigou, avec mon sandwich, au yak bien évidemment, qu’Ama a préparé.

famille tibétaine Jiuzhaigou

Je ne regrette absolument pas d’avoir fait plus de 9 heures de bus depuis Chengdu pour venir à Jiuzhaigou, de subir les rototos de ma voisine et les raclements de gorge du voisin de devant. Dans quelques années, un train devrait faire le même trajet en 2-3 heures… mais il y a comme un sentiment de victoire quand on arrive dans cet endroit féerique après avoir traversé toute la vallée en bus. À Jiuzhaigou, tous les Chinois s’entassent dans des bus pour traverser le parc. Je décide de le faire à pied. Résultat: j’ai marché 30 km mais j’étais complètement seul sur la grande majorité du chemin, allant de lac en lac, découvrant toutes les nuances de bleu possibles et imaginables. Quelques Chinois possèdent tout de même en souvenir un selfie avec moi, si poliment demandé (ou pas lorsque je me suis fait accroché l’épaule par derrière). Et quelle vue… on dirait que de la javel a été déversée  dans l’eau, ou encore qu’il s’agit d’un océan d’acide… Il n’en est rien, le tout est entièrement naturel.

Jiuzhaigou

Aéroport de Xiamen

Je lisais tranquillement Soumission de Michel Houellebecq à l’aéroport (enfin aussi tranquillement qu’il est possible de le lire…), sans aucune idée du scrutin présidentiel qui se déroulait au même instant. Un moment assez intense. Quand je croise cet homme qui se fait accompagner partout par une hôtesse de Xiamen Airlines, comportement somme toute assez étrange. Ils s’assoient pas loin de moi, j’entame la conversation: c’est un irlandais. Avec Cork, on a toujours de quoi discuter avec un irlandais. Il me dit qu’il a déchiré une page de son passeport par accident et qu’ils ne voulaient pas le laisser prendre son vol depuis la Chine mais l’expédier à Hong Kong. Après 1h30 de négociation il est autorisé à quitter la Chine depuis Xiamen à condition qu’il laisse son passeport à son accompagnatrice et qu’elle reste avec lui jusqu’à l’embarquement. Il m’avoue avoir déchiré la page de son passeport lors d’une nuit d’ivresse. Je fais un peu la traduction entre les deux. Zhang avait fini sa journée, elle a commencé à 8h et il est déjà après 22h, mais elle doit rester avec lui. Puis elle aura quelques heures de sommeil dans son dortoir avant de se lever vers 5h à nouveau. On discute, les halls d’attente des aéroports ont cette particularité qu’on ne peut s’extraire de là où l’on est. Au final on s’est tous échangé nos WeChat et on a pris des selfies.

xiamen airlines

Une réflexion au sujet de « De Chengdu à Jiuzhaigou, instantanés du Sichuan »

Laisser un commentaire