5ème édition du Festival du Cinéma Chinois en France

Le festival du cinéma chinois est à nouveau sur les routes de France. Du 11 mai au 30 juin 2015, une dizaine de films chinois, inédits en France, sont projetés à Paris, Strasbourg, Lyon, Cannes, Marseille, Biarritz ainsi qu’à La Réunion. Une extension est prévue pour cet automne, notamment à Brest. Les invités d’honneur de cette année sont Dany Boon et l’actrice chinoise Xu Jinglei (qui a même eu droit à son petit reportage dans Télématin sur France 2).

L’intérêt de ce festival est, comme mentionné plus haut, de présenter des films chinois à la fois récents (ils datent tous de 2014/2015) et inédits en France (donc pas de reprise des derniers films de Zhang Yimou, Diao Yinan ou autre Jia Zhang-ke qui ont déjà été distribués). La sélection est très éclectique, proposant aussi bien des romances que des films de sabres ou encore des films « catastrophes ».

Le film sélectionné pour la soirée inaugurale du Festival du Cinéma Chinois à Strasbourg est Fleet of Time et la projection s’est faite dans la belle salle du cinéma l’Odyssée (construit en 1913, c’est l’un des quatre cinémas en activité les plus anciens au monde!) en présence du Consul Général de Chine à Strasbourg ainsi que de l’actrice du film, Zhang Zixuan. Strasbourg fait en fait office de ville pionnière pour ce Festival du Cinéma Chinois, puisque le festival en est à sa 5ème édition en France, mais déjà à sa 9ème édition ici, le concept ayant été étendu à plusieurs villes par la suite. Durant le discours de présentation, on nous informe que sept coproductions franco-chinoises sont actuellement en préparation. Petit tour d’horizon de la programmation du festival , avant de terminer par un petit « coup de gueule » en fin d’article.

Les films du festival:

Fleet of Time (匆匆那年)

Fleet of Time, réalisé par Zhang Yibai, est une « comédie de génération », un genre très populaire actuellement – surtout auprès des jeunes – sur les écrans chinois (voir par exemple So Young de Zhao Wei et American Dreams in China de Peter Chan). Il raconte les déboires sentimentaux et professionnels d’un groupe de cinq amis depuis le lycée jusqu’à nos jours, quinze ans plus tard. Ou plus exactement il raconte le premier amour, beau, naïf et idéalisé de deux protagonistes à l’époque du lycée. Puis le passage à l’âge adulte, les nouvelles rencontres, les déboires sentimentaux, la vie quoi. Un parfum de nostalgie flotte tout le long du film. Fleet of Time est en fait un drame romantique sauce asiatique (parfois très cliché et naïf), qui nous pousse toutefois à étendre la réflexion des personnages à notre propre histoire. Le tout est porté par une bande originale de Faye Wong qui donne un aperçu du ton du film. 

Brotherhood of Blades (绣春刀) coup-de-coeur

Je ne suis généralement par un grand fan des films de wuxia (films de sabre chinois) et des épopées historiques, préférant le pan plus contemporain et social du cinéma chinois. Mais force est de constater que Brotherhood of Blades est probablement le meilleur wuxiapian réalisé ces dernières années. Le film de Lu Yang se déroule dans la Chine des Ming, lors de l’élimination de Wei Zhongxian, l’un des eunuques les plus connus de l’historiographie chinoise. La force de ce wuxia est d’être réaliste et bien rythmé. Ici, pas de personnages immortels aux pouvoirs magiques ou volant dans les airs façon Tigre et Dragon ; nous sommes dans la réalité de la cour, de ses complots et de sa cupidité avec des combattants bien mortels ne pouvant compter que sur leur habileté pour s’en sortir au combat. Le héros principal est campé par Chang Chen, qu’on retrouvait déjà dans The Grandmaster ou encore Tigre & Dragon justement. Au final Brotherhood of Blades est pour moi une très bonne surprise et un bon film d’action, bien rythmé, avec ses quelques coulées d’hémoglobines par-ci par-là et son scénario bien ficelé. Plus d’infos sur le très bon site chinesemovies. Bande-annonce ici

The Ferry (我的渡口) coup-de-coeur

The Ferry est l’oeuvre du réalisateur Shi Wei, plutôt habitué en général aux séries télévisées sur la guerre antijaponaise. C’est un film d’auteur poétique qui retrace l’histoire vraie d’un vieil homme qui fait traverser la rivière aux villageois à l’aide de son bac. Il y est question de nostalgie ainsi que de rapport entre les générations. Le rythme, délibérément lent, permet de se rendre compte du quotidien de ce vieil homme, du temps qui passe – ou qui ne passe pas – pour celui qui attend les passagers. Le personnage donne l’impression de flotter – et pour cause – dans les paysages et la brume du Hubei. C’est également un récit d’apprentissage où le fils du « héros » principal découvre la vie de son père, ses efforts, son silence, et se découvre soi-même par la même occasion. Le thème du film – le retour aux valeurs rurales du pays – fait partie de ceux encouragés et soutenus par le Parti, en témoigne également la récente coproduction franco-chinoise Le Promeneur d’oiseau. The Ferry a été récompensé au Festival International des Cinémas d’Asie 2014. Une très belle découverte. 

The-ferry

As the Light Goes Out (救火英雄)

Derek Kwok signe avec As the Light Goes Out un film catastrophe plutôt orienté blockbuster qui ravira certainement les fans du genre. Le film nous raconte l’histoire de trois pompiers de Hong Kong, la veille de Noël, obligés de mettre leurs différents de côté pour faire face ensemble à l’incendie d’une distillerie menaçant une centrale voisine. Outre la fumée, qui est l’un des « protagonistes » central de l’histoire, c’est toujours un plaisir que de retrouver à l’écran Simon Yam, que les initiés connaissent certainement pour sa participation quasi-systématique aux films de Johnnie  To (ils ont tourné une vingtaine de films ensemble). Un film divertissant, avec de l’action, par ailleurs dédié aux pompiers du monde entier. Bande-annonce ici.

Blind Massage (推拿) coup-de-coeur

Le public français amateur de cinéma d’auteur connait bien le réalisateur Lou Ye, notamment pour Suzhou River et Nuits d’Ivresse Printanière. Il revient cette fois avec Blind Massage, une adaptation d’un livre de Bi Feiyu racontant le quotidien de masseurs aveugles à Nankin: leur vie en communauté, leurs peines, leurs amours, leurs tensions mais aussi leurs rêves. Je l’attendais et je n’ai pas été déçu. Le film commence avec un générique plein d’originalité où le nom des acteurs sont énoncés à voix haute, comme pour plonger au mieux le spectateur dans le sujet du film. Les acteurs sont à la fois des acteurs professionnels voyants et des acteurs non professionnels non-voyants. Lou Ye utilise le flou de l’image dans certaines séquences, la lumière ou le son dans d’autres, pour renforcer l’immersion du spectateur dans cet univers. Il est vrai que, contrairement au livre, le film ne s’intéresse que peu aux histoires des différents protagonistes avant qu’ils n’arrivent au salon, et que le massage lui-même n’occupe qu’une place secondaire dans le scénario. Mais la réussite, à mon sens, est d’avoir su retranscrire à l’écran l’ambiance dans le salon, la vie intérieure des personnages, dévorés par des passions destructrices. Blind Massage a gagné six récompenses, dont le prix du meilleur film, aux Golden Horse Awards 2014. L’un de mes coups de coeur du festival. (Film disponible en entier sous-titré anglais ici).

20 Once Again (重返20岁) 

20 Once Again est un remake chinois de Miss Granny, un film sud-coréen qui a fait plus de 8,6 millions d’entrées en Corée! L’histoire est celle d’une grand-mère rejetée par sa famille qui retrouve soudainement le physique de ses 20 ans. Elle peut alors observer son entourage sans être reconnue tout en ayant l’occasion de réaliser ses rêves de jeune fille. Le film de Leste Chen est un film léger, plutôt à ranger du côté des comédies. Malgré ce procédé un peu à la Benjamin Button, l’émotion a du mal à passer et 20 Once Again n’est finalement rien d’autre qu’un teen movie ou encore ce que j’appelle un pop movie, à savoir un prétexte pour afficher à l’écran de jeunes et joli(e)s acteurs/actrices et entrecouper le film de chansons, tout en mettant en avant un boys band (le héros principal du film est Lu Han, ancien chanteur du groupe sud-coréen EXO). On comprend mieux que le film soit un remake d’un film sud-coréen. Bande-annonce ici.

The Great Hypnotist (催眠大师) coup-de-coeur

Leste Chen aura peut-être réussi l’exploit de réaliser le film (ou du moins un des films) que j’ai le moins apprécié du festival (20 Once Again) et celui que j’ai préféré (The Great Hypnotist donc). L’histoire est celle de Xu Ruining, un psychiatre un peu arrogant qui a souvent recours à l’hypnose pour soigner ses patients. Un jour il reçoit la visite d’une mystérieuse patiente qui prétend voir des fantômes. S’ensuit alors un thriller bien ficelé, doté d’un scénario très intelligent et de pleins de rebondissements où se mélangent psychologie et « surnaturel ». On pense forcément à Sixième Sens ou encore à Inception. L’excellent Xu Zheng (vous savez, ce chauve qui joue dans Crazy StoneLost in Thailand ou encore No Man’s Land), campe le rôle du psychiatre, aux antipodes de ses rôles plutôt comiques habituels, et Karen Mok (elle apparaît dans pas mal des productions de Stephen Chow) celui de la patiente. Le duo fonctionne éminemment bien à l’écran. La première partie du film est incroyable dans son rythme, son suspense et sa maîtrise des détails. On peut reprocher à la fin d’un peu trop nous prendre par la main pour nous expliquer le dénouement, mais c’est oublier que ce genre de film est peu fréquent dans le cinéma chinois. Je ne savais pas à quoi m’attendre en entrant dans la salle, je suis ressorti captivé par ce quasi huis-clos hypnotique. (Le film est disponible en entier et sous-titré anglais ici, mais une fois de plus chut je ne vous ai rien dit et le film vaut la découverte sur grand écran).

Somewhere Only We Know (有一个地方只有我们知道)

Xu Jinglei, la réalisatrice du film, fait partie avec Zhou Xun, Zhang Ziyi et Zhao Wei des « quatre Fleurs » du cinéma chinois. Xu Jinglei est connue pour avoir eu le blog le plus visité d’Internet en 2007 mais également pour être une spécialiste des drames sentimentaux et elle reste dans ce registre avec ce film. Pour être plus exact encore, Somewhere Only We Know est une comédie romantique, une vraie romance à la chinoise (un peu comme Fleet of Time donc). L’histoire suit Jin Tian, une jeune chinoise qui décide de quitter la Chine pour Prague où sa grand-mère a longtemps vécu. Ce départ lui permet à la fois de se rapprocher de l’histoire de sa grand-mère mais aussi de se remettre d’une histoire d’amour… et peut-être d’en vivre une nouvelle. Si je précise que le film est un film d’amour à la chinoise, c’est qu’il enchaîne cliché sur cliché pour construire une histoire la plus kitsch romantique possible afin de plaire aux plus jeunes générations. Pour preuve, le film est sorti en Chine pour la Saint Valentin. Tout y est: les plans qui balaient la ville de Prague, les flashbacks sur un couple heureux, les souvenirs de la guerre, la surutilisation des gros plans sur les (beaux) visages des protagonistes (ici aussi un ancien du groupe EXO, Kris Wu), la musique omniprésente pour rendre les scènes plus dramatiques, touchantes ou émouvantes. Cela marche dans certaines scènes, moins dans d’autres. Bande-annonce ici. (Film disponible en entier sous-titré anglais ici).

Police Story 2013 (警察故事2013)

La saga Police Story est de retour pour un… septième opus! Mais oubliez le ton comique des premiers films: ici pas de scènes d’humour, pas même un trait (si ce n’est dans le générique de fin), l’ambiance est plus sombre et le film de Ding Sheng est donc plutôt à ranger du côté de New Police Story ou Shinjuku Incident plutôt qu’auprès des réalisations plus légères de Jackie Chan tels Le marin des mers de Chine ou les deux premiers volets de la saga Police story. Autre signe du changement de ton de Jackie Chan, amorcé il y a quelques années maintenant, le film est tourné en mandarin et se passe en Chine continentale et non plus aux États-Unis ou à Hong Kong. Au niveau du scénario, rien de bien surprenant, une classique histoire d’un flic confronté à une prise d’otage dans une boîte de nuit, transformée en sorte de prison pour l’occasion, en même temps qu’il doit gérer ses problèmes avec sa fille. Petit à petit on comprend les raisons de cette prise d’otage. Un quasi huis-clos donc, où les seules scènes en extérieurs sont des flashbacks, qui rappellent un peu – en moins bien – le premier Die Hard. Au final ce Police Story n’a pas grand chose d’un Police Story et il est possible que le nom soit utilisé juste pour un gros coup marketing… Cela reste néanmoins un film d’action sympathique (bien que parfois un peu trop bavard pour le genre) qui souffre certainement du nom de la franchise qui lui a été accolé. Bande-annonce ici. (Film disponible en entier sous-titré anglais ici).

La Bataille de la Montagne du Tigre (智取威虎山)

C’est le retour de Tsui Hark, 65 ans, 38 films au compteur, dans un blockbuster d’aventure et de guerre. Une superproduction de 2h20 prenant place en 1948, soit juste après la capitulation japonaise, et racontant la bataille de l’Armée Populaire de Libération contre la Montagne du Tigre dirigée par un bandit. Le film a été présenté en avant-première dans le cadre du Festival du Cinéma Chinois et est sorti sur les écrans français le 17 juin 2015 (et en 3D pour les amateurs du genre). Inspiré en partie d’une histoire vraie, le récit est adapté d’un roman et avait déjà été repris au cinéma en pleine Révolution culturelle via un opéra modèle réalisé par Xie Tieli (ce même Xie Tieli qui est décédé aujourd’hui vendredi 19 juin 2015…). Évidemment le film de Tsui Hark n’a pas grand chose à voir avec l’oeuvre de Xie Tieli, même si niveau maquillage il y a une continuité. Ici il s’agit certes d’un film patriotique, mais également et surtout d’un vrai film de commando, d’une superproduction pure et dure (à gros budget et à grand spectacle). Le film s’ouvre avec une scène… se déroulant à New-York en 2015. Ces cinq premières minutes très contemporaines auraient amplement pu (et dû) êtres amputées du film, de même pour la fin qui réutilise le même procédé. Sinon, le film se sépare en deux parties. La première, à mon sens un peu trop bavarde et fouillis, prépare le terrain, installe l’histoire. La deuxième, plus axée action, raconte la bataille entre les communistes et les bandits, sorte de David contre Goliath revisité. La scène de protection du village (sans en dire plus) est vraiment haletante et c’est pour moi le meilleur moment d’action du film, donnant envie de se replonger dans L’Art de la guerre de Sun Tzu. L’usage du ralenti est très original et la mise en scène très bien maîtrisée. Le double récit de la fin est plutôt original lui aussi. Je reproche néanmoins à la scène de fin de ne pas être aussi épique qu’attendu. Concernant la 3D je ne suis pas en mesure de la juger puisque je ne l’ai pas vu, n’étant pas fan du procédé. Cela dit l’ensemble semble avoir été pensé pour la 3D, peut-être donc une bonne surprise de ce côté-là. Autrement, je suis surpris de voir que le film jouit d’une bonne critique dans la presse et sur Internet et que le bouche à oreille fonctionne pour ce film. Ainsi à Paris pour son premier jour d’exploitation La Bataille de la Montagne du Tigre a fini cinquième au box-office, un score honorable pour un film chinois. Bande-annonce ici.

Palmarès personnel:

Palmares-Perso

Pour conclure, je dirai que j’ai apprécié la programmation du festival dans son ensemble. Les films sélectionnés sont récents et inédits en France et tous les genres sont représentés. Petit « coup de gueule » tout de même: les sous-titres français de certains films sont vraiment mal travaillés – ainsi on retrouve tout le long du film Fleet of Time le mot copin au lieu de copain, dans Police Story 2013 le mot vestige au lieu de vertige ou encore la casque pour le casque, etc. (les exemples sont nombreux). Autre point à noter, le site officiel du festival ne mentionne pas la programmation dans les autres salles de cinéma que celles de Paris. Pour celles et ceux qui sont sur Strasbourg, les films sont diffusés au cinéma l’Odyssée jusqu’au 30 juin 2015. Les horaires et la programmation ici. Pour voir les cinémas partenaires dans les autres villes de France, c’est ici

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