une superproduction de kim jong il

4 livres pour découvrir l’Asie

Aujourd’hui je voudrais faire un article un peu différent. Je souhaiterai partager ici mes lectures récentes autour de l’Asie en 4 livres et autant de destinations. Pour cette fois, une sélection un peu originale puisque je vous emmène en Mongolie, au Viêtnam, en Chine ainsi qu’en Corée du Nord.

Mongolie

Ian Manook – Yeruldelgger (Albin Michel, 2013)

yeruldelgger

Il faut l’avouer, niveau polar je connaissais surtout le talent des scandinaves (Camilla Läckberg, Stieg Larsson, Jussi Adler-Olsen, Henning Mankell, etc.). C’est donc avec plaisir que j’ai découvert Yeruldelgger, roman policier écrit par Ian Manook – de son véritable nom Patrick Manoukian (oui c’est bien le frère du fameux juré de la Nouvelle Star).

Le livre, vous l’aurez deviné, nous emmène en Mongolie où le commissaire Yeruldelgger fait la sombre découverte du corps enfoui d’une enfant dans la steppe mongole. L’intrigue est plutôt prenante et connaît plusieurs rebondissements. Certains passages sont assez durs, faisant indéniablement écho à la société mongole actuelle. L’histoire se déroule à Oulan-Bator ainsi que dans les steppes du Khentii, un lieu plutôt original dans un polar, ce qui fait, à mon sens, le charme du livre. 

Le regard que propose l’auteur, français rappelons-le, sur ce pays et son histoire est intéressant. Il propose par exemple une mise en perspective entre Gengis Khan et Adolf Hitler. Car effectivement il existe des Mongols « néo-nazis », tel le groupuscule Tsagaan Khass (littéralement « swastika blanche »), qui se revendiquent à la fois d’Hitler et de Genghis Khan et qui combattent les firmes étrangères qui exploitent les mines du pays (un secteur qui, rappelons-le, représente 90% de l’économie). L’hostilité mongole, pour le coup, est plutôt orientée contre la Chine et il n’est pas rare de lire dans les journaux que des attaques ont été commises sur des membres de la communauté chinoise ou sur des femmes mongoles mariées à des étrangers. Ici, Hitler est ainsi plus perçu comme un homme qui a su redonner de la fierté à son peuple que comme un dictateur génocidaire. En Mongolie en pleine crise existentielle, ce sont des idées qui plaisent. Et justement le roman fait la part belle à ces relations très houleuses entre la Chine et la Mongolie, surtout au niveau de l’exploitation minière, mais aborde également des sujets tel que la perte des traditions mongoles ou encore le tourisme sauvage dans les steppes.

J’ai partagé la lecture de ce livre avec une amie mongole, musicienne de morin khuur en France pour les groupes Sarasvati et Yesun, et elle m’a affirmé avoir été saisie par la description des lieux, criantes de vérité, en particulier lors du chapitre se déroulant dans les égouts d’Oulan-Bator. Le seul reproche qu’elle fait au livre est le fait qu’il y ait beaucoup de références franco-françaises ne collant pas tout à fait à la mentalité mongole, et de citer en exemple les surnoms des personnages, Mickey et Colette, la sonorité du « K » n’étant pas commode dans la langue mongole, ou encore le fait qu’un Mongol n’aurait pas jeté du lait, afin de souhaiter bon voyage, dans toutes les circonstances citées dans le livre. En somme le livre est un portrait intéressant de la société mongole actuelle et nous fait voyager dans un pays encore trop méconnu, le tout étant ficelé autour d’une bonne intrigue, pleine de suspense, et du personnage presque animal de Yeruldelgger qui nous pousse à dévorer les 542 pages pour connaître la fin. 

Le livre a reçu plusieurs prix et Ian Manook a sorti en 2015 Les Temps sauvages, la suite des aventures du commissaire Yeruldelgger, une enquête toujours aussi passionnante qui dresse cette fois un portrait sans concession de la pollution, Oulan-Bator étant l’une des villes les plus polluées au monde, et dévoile des trafics en tous genres entre la Mongolie, la Russie, la Chine et… le port du Havre!

Edit: Fin 2016 est sorti La Mort Nomade, le tome 3 des aventures du commissaire Yeruldelgger.

Viêtnam

Duong Thu Hong – Itinéraire d’enfance (Sabine Wespieser, 2007)

itinéraire d'enfance

Paru en 1985 au Viêtnam, il faudra attendre 2007 pour une traduction française de ce livre. En 1985 la publication des livres de Duong Thu Huong était encore autorisée au Viêtnam. Connue pour sa lutte pour la démocratie et la liberté dans un Viêtnam communiste, elle est emprisonnée en 1991 puis assignée en résidence surveillée. Elle arrive à Paris en 2006 pour la sortie de son livre Terre des oublis, qui y connaît un succès, et décide d’y rester.

Itinéraire d’enfance est un roman d’apprentissage. Selon les codes, on y suit donc le cheminement évolutif d’un jeune personnage jusqu’à qu’il atteigne un idéal, un but, un accomplissement. Le héros se forge petit à petit une conception de la vie et mûrit au contact du monde. Soit ici l’histoire de Bê, une petite fille de douze ans dans le Viêtnam de la fin des années 1950 (soit post-colonisation française) qui mène une vie normale entre sa mère, ses amies et son école. Son père est soldat en garnison dans le nord du pays. Mais on le sent, Bê a un caractère fort qui va lui valoir quelques problèmes (que je vous laisse découvrir). S’ensuit alors un long voyage à travers le pays durant lequel l’héroïne va de rencontre en rencontre. L’auteure nous décrit en détail la campagne et les paysages vietnamiens. À presque chaque page nous est également décrit un mets, un plat, un repas, une odeur de nourriture ou une spécialité culinaire d’un village. L’histoire se lit facilement et on prend du plaisir à découvrir les péripéties de la petite Bê, qui grandit au fil de l’histoire. C’est une invitation au voyage. Mais peut-être l’auteure nous décrit-elle trop tous ces paysages et ces repas, sur 396 pages c’est parfois un tantinet long. Itinéraire d’enfance se lit presque comme un conte, l’enfance est centrale dans le livre et l’histoire est assez naïve par moment, assez adolescente. Cela m’a néanmoins donné envie de lire d’autres oeuvres de Duong Thu Huong, en particulier Terre des oublis ainsi que Au zénith où l’auteure revient, en fiction, sur la vie d’Hô Chi Minh.

Chine

Zhang Yu – Ripoux à Zhengzhou (Philippe Picquier, 2002)

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Zhang Yu est né dans le Henan, à la campagne, avant de s’installer à Zhengzhou, capitale de la province. Il a travaillé comme ouvrier, puis est devenu homme d’affaires et enfin écrivain. C’est donc avec expérience qu’il décrit la vie quotidienne dans le Henan, le berceau de la civilisation chinoise, dans Ripoux à Zhengzhou. À noter également la photo de couverture qui est une représentation d’une peinture de Chen Yu, connu pour ses représentations de clones où un seul protagoniste se démarque des autres.

Si le livre est parfois rangé au rayon roman policier, ce cadre n’est en fait qu’un prétexte pour l’auteur. Certes les deux héros de l’histoire sont des policiers à la poursuite de pickpockets, mais le but du roman est plutôt de décrire la nouvelle société chinoise, en pleine mutation, celle de juste avant les Jeux Olympiques de 2008. Cette Chine où le mot « socialisme » a perdu beaucoup de son sens et où l’argent est devenu roi. Et c’est une réussite. Au fil des 346 pages du roman, on découvre les problèmes de la vie quotidienne à Zhengzhou. Zhang Yu aborde la corruption, qui sévit à tous les niveaux, et les petites combines des uns et des autres. Ainsi, un des stratagèmes pour se remplir les poches sur le dos de l’État consiste à ce qu’un restaurateur gonfle volontairement le prix de l’addition afin qu’un homme d’affaires puisse se faire rembourser en note de frais plus qu’il n’a réellement dépensé.  Même le mariage est devenu sujet à l’argent puisque dans les parcs de la ville, un coin a été aménagé afin de favoriser les « rencontres amoureuses ». Évidemment, aucun n’accord n’est conclu sans parler de contreparties financières ou des fortunes des différents partenaires. Zhang Yu n’épargne pas non plus les officiels, qu’il accuse d’avoir transformé le slogan « servir le peuple » en « se servir soi-même », montrant du doigt les avantages dont ils jouissent: accès à de meilleurs appartements, utilisation de leur voiture de fonction à des fins personnelles ou encore cooptation afin de faire rentrer leur cercle d’amis au Parti.

Vu les sujets traités, il peut paraître étonnant que le livre ait été autorisé en Chine ; c’est pourtant le cas et Ripoux à Zhengzhou est même devenu un best-seller. Mais outre la description profondément réaliste du socialisme sauce capitaliste, on s’attache également aux personnages et à leurs histoires, qu’elles soient professionnelles ou de coeur.

Corée du Nord

Paul Fischer – Une superproduction de Kim Jong-il (Flammarion, 2015)

Une superproduction de Kim Jong-il

On le sait, Kim Jong-il portait un grand intérêt au cinéma. Certains estiment que le dirigeant possédait une imposante cinémathèque privée de plus de 20 000 films, s’avérant être un fan inconditionnel d’Elizabeth Taylor, de Clint Eastwood ou encore de James Bond. Mais le cinéma nord-coréen ne rayonne pas vraiment à l’étranger, au plus grand dam de Kim Jong-il. C’est ainsi qu’il décide en 1978 de faire kidnapper le célèbre réalisateur sud-coréen Shin Sang-ok et son actrice vedette Choi Eun-hee afin de transformer la Corée du Nord en une grande nation du cinéma.

L’histoire a tout d’un scénario de film, et pourtant tout est vrai. Paul Fischer a mené l’enquête et retrace ici l’histoire de Shin et Choi, le « couple le plus glamour de Corée du Sud dans les années 50 ». Pour mieux comprendre l’histoire, il faut se rappeler que Choi est alors une véritable star (on la voit poser aux côtés de Marylin Monroe) et Shin est, quant à lui, l’équivalent local d’un Steven Spielberg. Au Nord, Shin n’arrivera plus à réaliser de chefs-d’oeuvre et il est désormais connu pour avoir réalisé un des pires nanar de l’histoire, le très kitsch Pulgasari (que vous pouvez voir ici si vous êtes curieux), sorte de réponse nord-coréenne au Japon et à son célèbre Godzilla. On apprend au fil des pages que Shin et Choi ne sont pas les seuls étrangers à avoir été kidnappés par la Corée du Nord, loin de là. Kim Jong-il a ordonné plusieurs milliers d’enlèvements, et pas que des Sud-Coréens: des Chinois, des Japonais, quatre Libanaises, et même plusieurs Françaises… On découvre les tentatives d’évasion de Shin, ses cinq années de camps de travail, les fêtes très alcoolisées de Kim Jong-il, ses caprices ainsi que les stratagèmes mis en place par Kim Jong-il pour se procurer les derniers films américains. C’est un document assez rare sur le pouvoir nord-coréen et l’industrie cinématographique nord-coréenne et le livre mérite la lecture pour les personnes intéressées par le sujet.

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