Le musée de l’élimination de la drogue

Après l’article sur Naypyidaw, la capitale fantôme birmane, il est temps de faire un nouveau Voyage en « absurdie », cette fois à Rangoon. On sait que l’absurde fait souvent partie de la vie quotidienne, mais un nouveau cap a, je le crois, été franchi. Rien que par le nom: The Drug Elimination Museum – le Musée de l’élimination de la drogue. Lorsqu’on sait que la Birmanie est le deuxième exportateur mondial d’opium – derrière l’Afghanistan – et le premier producteur d’amphétamine, cela fait doucement sourire. 

Vu de dehors, le musée est une importante bâtisse, aussi grand qu’une gare ou un centre commercial, complètement décrépie, qui a l’air à l’abandon depuis un bon bout de temps. Vu de l’intérieur, ce n’est pas beaucoup mieux. Le bâtiment fait trois étages et est complètement vide – à part une famille avec des enfants dont je me demande bien ce qu’ils font là. Les pièces sont imposantes et on a l’impression d’être tout petit au milieu de ces grands espaces. Cela me rappelle ces musées en Chine à la gloire de la guerre de Corée ou de tout autre sujet un tant soit peu patriotique. 

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On ne peut pas dire que le musée soit une attraction touristique. Ne le cherchez pas dans votre Routard – ou votre Lonely Planet, ne faisons pas de discrimination – il n’y figure pas. Et à en croire le registre à l’entrée, il n’y avait pas eu de visiteurs depuis un certain temps.

Il faut dire qu’un « monument » à la gloire de la lutte contre la drogue dans un pays qui s’enrichit encore et toujours avec les narcotrafics, cela peut sembler un peu étrange de prime abord. Mais le paraître est souvent plus important que l’être et dans cette optique, le musée prend tout son sens. En témoigne ces énormes tableaux de propagande – comment les appeler autrement ? – montrant le travail de l’armée dans l’éradication des champs de pavots dans l’Etat Shan ou encore ces reproductions grandeur nature d’un bulldozer détruisant des kilos de drogue.

champs pavot

En déambulant dans les allées, on tombe également nez à nez avec une attraction qui ferait, à n’en pas douter, rougir de honte Disneyland. Alors que dans le décor on aperçoit un stock de drogue dans un cabanon, au dessus d’un gros bouton rouge apparaît cet écriteau: « vous pouvez détruire et mettre le feu aux drogues qui mettent en péril la vie d’humains en appuyant sur ce bouton ». Tentant. Une fois le bouton pressé, une magnifique lumière rouge, probablement censée représenter les flammes, apparaît dans le cabanon rempli de drogues. Et c’est tout. Tout ça pour ça.  

bulldozer-drug-museum

Mais un peu plus loin, après quelques panneaux explicatifs sur le trafic dans le triangle d’or, quelques tableaux nous montrant toutes les merveilleuses choses que l’on peut faire lorsqu’on ne se drogue pas – comme faire du sport par exemple – et un mannequin nous rappelant que vraiment, la drogue, c’est mal. On tombe également sur des « oeuvres » nettement plus… dérangeantes. Ici un tableau d’un camé mort d’une overdose, là une photo montrant un homme qui se pique dans une plaie et un peu plus loin quelques foetus soigneusement conservés dans des bocaux. Charmant…  

say no to drugs

Enfin, n’oubliez pas que, comme le rappelle cette énorme peinture dont le texte sur l’écriteau est à moitié illisible, « Without drugs, life will be more beautiful » (Sans drogue, la vie sera plus belle). Et effectivement, on le remarque, les protagonistes de cette peinture tout droit sorti d’un trip sous LSD ont l’air plutôt heureux.

Without drugs life will be beautiful
Myanmar Drug Elimination Museum
Corner of Hanthawaddy & Kyuntaw Street
3 dollars « seulement » (c’est écrit sur le ticket)

3 réflexions au sujet de « Le musée de l’élimination de la drogue »

  1. Ce musée est assez effarant en effet! Ça n’a aucun sens pour le gouvernement de rentrer dans une politique de lutte contre la drogue si cela représente un pain béni.

    1. Probablement de l’hypocrisie, voir un peu de schizophrénie. Le gouvernement veut se donner une belle face, de par son « ouverture démocratique ».. tout en ayant besoin des narco-dollars pour son économie.

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