Documentaire pollution Chine Sous le dôme

« Sous le dôme », le documentaire sur la pollution censuré en Chine

Fin février est apparu sur le web chinois Sous le dôme, un documentaire réalisé par Chai Jing, une ancienne présentatrice vedette de la télévision d’Etat chinoise. Chai Jing découvre en 2013 que son bébé porte une tumeur et décide suite à cela de s’engager dans la lutte contre la pollution. Sous le dôme est le résultat de son travail: un documentaire d’1h43 traitant du problème de la pollution en Chine. Le documentaire est devenu viral et a été vu plus de 300 millions de fois sur le net dans l’Empire du milieu, avant d’être subitement censuré et supprimé des sites de vidéos chinois début mars, soit une semaine après sa mise en ligne. Le documentaire avait pourtant reçu le support du ministre de l’environnement chinois, mais il faut croire que le succès du documentaire a pris des proportions non désirées.

Under the domeCapture d’écran du documentaire « Sous le dôme »

La pollution au quotidien

Avril 2014, j’arrive à l’aéroport international de Beijing et me dirige vers la ligne Airport Express afin de rejoindre le centre-ville de Pékin. Lors de l’attente du train, je fais la connaissance d’un jeune chinois, tout fier de pouvoir exercer son anglais avec un étranger. Il me demande d’où je viens, si c’est la première fois que je viens en Chine, toutes les questions habituelles. Nous discutons quelques petites minutes puis le train arrive. Il s’excuse poliment, m’explique qu’il doit aller s’asseoir avec son collègue. Mais il revient vers moi, glisse une main dans sa sacoche et en ressort un masque anti-pollution qu’il me tend. En souriant, il ajoute: « Bienvenue en Chine ! ».

Et effectivement le masque est devenu le deuxième compagnon d’un nombre grandissant de Chinois lors de leurs sorties. Si je dis le deuxième, c’est parce que le premier compagnon c’est bien évidemment le téléphone portable. Mais pas seulement pour parler sur WeChat ou QQ, mais aussi et surtout pour consulter l’index de la qualité de l’air avant de sortir, un peu comme on consulte la météo. Cette mauvaise qualité de l’air fait parfois naître des situations un peu absurdes, comme en octobre lorsque j’ai vu les coureurs du marathon de Pékin courir avec leurs masques.

PollutionPhoto prise à Pékin au même endroit un jour « normal » et un jour pollué

Suite à cette pollution, de plus en plus d’étrangers quittent Pékin. Rien que dans mon entourage j’en compte plusieurs qui ont quitté la Chine pour cette raison ou qui ont déménagé plus au sud du pays – globalement moins pollué que Beijing ou le Hebei. La Banque Mondiale estime que sur les vingt villes les plus polluées du monde, seize sont chinoises. Linfen, dans la province du Shanxi, est souvent considérée comme la ville la plus polluée du monde. 

Quelques chiffres

Le documentaire Sous le dôme est édifiant. La Chine aujourd’hui consomme plus de charbon que tous les autres pays du monde réunis. Il faut remonter à l’industrialisation britannique pour avoir des chiffres similaires (à l’époque les londoniens aussi portaient des masques). Dans le classement mondial de la production de charbon et d’acier, le numéro un est la Chine. Le deuxième, la province du Hebei. Le troisième, la ville de Tangshan dans la province du Hebei. Et enfin, le quatrième, les Etats-Unis. Ce qui signifie qu’une ville comme Tangshan produit autant d’acier que les Etats-Unis. Au charbon et à l’acier s’ajoute la pollution liée aux voitures. 800 000: c’est le nombre de nouvelles immatriculations de voitures à Pékin en 2010. Et Chai Jing de préciser dans le documentaire: « Si on les alignait les unes derrière les autres, elles pourraient former une file qui irait de Pékin à Shenzhen et de Shenzhen à Pékin… ».

Cette accumulation fait que l’on retrouve dans l’air chinois des particules PM2.5 que l’OMS déclare cancérogènes : l’année passée, à Pékin, 175 jours sur 365 étaient pollués et dépassaient (et parfois de beaucoup) le seuil légal de danger. A Paris le seuil d’alerte se situe à partir de 80 microgrammes par mètre cube d’air alors qu’à Pékin on vit normalement jusqu’à 200, et le taux atteint souvent – et dépasse parfois – les 500 microgrammes par mètre cube d’air. Un habitant de Pékin, Zou Yi, a photographié chaque matin le même bâtiment pendant un an, nous donnant un réel aperçu de la pollution sur une année.

L’enquête menée dans Sous le dôme s’appuie sur des faits et chiffres précis, est ponctuée d’interviews d’officiels chinois ou encore analyse la loi chinoise en matière d’environnement. Mais sa force réside aussi dans la capacité de faire des propositions concrètes et viables pour améliorer la situation en Chine, basées sur les expériences de lutte contre la pollution des villes de Los Angeles et de Londres.

Le site Rue89 a mis en ligne le 31 mars une version sous-titrée en français du documentaire, traduite par Frédéric Dalléas ainsi que Jef Jaquier et Diana Hsu, que je ne saurais que trop vous conseiller de regarder.

Pour aller plus loin:

Mr Mondialisation – Des chinois utilisent la fumée des usines comme écran géant pour dénoncer la pollution

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