Wang Bing: une plongée dans À la folie

Wang Bing est connu pour son cinéma-documentaire indépendant et engagé. Il commence en 2003 avec A l’ouest des rails, documentaire-fleuve de 9 heures (découpé en trois parties) filmé entre 1999 et 2001 avec une caméra DV et racontant le quotidien des ouvriers d’un quartier de Shenyang qui, suite à une réforme municipale, va être détruit. Sa première oeuvre de fiction, Le Fossé, sort en 2012 et raconte la vie dans un camp de travail chinois en plein désert de Gobi en 1960. Son dernier documentaire, A La Folie (‘Til Madness Do Us Part en anglais) est sorti sur les écrans français le 11 mars 2015. Il dure 3h47 et raconte la vie dans un hôpital psychiatrique du sud-ouest de la Chine, dans la province du Yunnan, entre janvier et avril 2013.

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Les Acacias Films ©

Nous sommes 4 courageux dans la salle (3 courageux et 1 courageuse pour être plus précis). Qui vient par attrait par la Chine, comme moi ? Qui vient par intérêt pour le sujet, la psychiatrie ? Entrée au cinéma 19h45, le temps des bandes-annonces et du film, j’en suis ressorti à 23h45…  Mais Wang Bing ne pouvait pas faire plus court, le temps – ou plutôt la perte de temps – est essentiel(le) pour comprendre le quotidien de ces gens. Au bout d’un moment on ne sait plus si cela fait 2 heures que nous sommes là, ou 1h30, ou peut-être déjà 3… on vit presque cet enfermement. Nos heures sont peut-être leurs jours. Leur quotidien est une sorte de jour sans fin. Il est important de voir ce film sur grand écran, sans pauses, sans montre. Il faut accepter de perdre un peu ses repères et on est même surpris de voir la fin pointer le bout de son nez, alors qu’on ne l’attendait plus.

Le tour de force de Wang Bing est d’avoir réussi à se faire complètement oublier afin de nous montrer la réalité telle qu’elle est, sans artifices, sans mise en scène. Au delà du documentaire, nous sommes dans l’immersion, dans l’humain. Nous partageons tout avec ces « fous » : le bonheur, les engueulades, les rires, la routine, les crises, l’intimité… La vie quoi. « Fous » entre guillemets car tous le ne sont pas. Certains le sont, indéniablement, mais d’autres sont enfermés plus des raisons politiques ou religieuses. En tout cas, tous contre leur gré. Certains ne sont pas fous mais finiront peut-être par le devenir, hébétés par l’enfermement. Un petit détour « hors des murs » de l’institution – certes un peu longuet – nous fait remarquer que tout retour à la vie normale est vain. « Les gens comme nous ne peuvent s’offrir que le sommeil  » affirme un des internés.

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Un documentaire de 3h47 racontant la vie dans un hôpital psychiatrique chinois n’est pas exactement le type de film qui attire le plus de spectateurs en salles. Pour preuve le film n’est sorti que sur 9 écrans en France et a réalisé 133 entrées le premier jour de projection (quand on sait qu’un film comme Night Run est diffusé sur 406 écrans et réalise quelques 25 418 entrée le premier jour d’exploitation…). Si la durée n’est pas inhabituelle pour l’auteur, elle l’est pour le spectateur. Moi-même je me suis posé la question avant d’y aller. Evidemment le film ne plaira pas à tout le monde. Mais cela vaut le coup, rien que pour l’expérience.

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