Jean-Jacques Annaud pour Le dernier loup: la Chine a changé

Les coproductions franco-chinoises se suivent et ne se ressemblent pas. Après Le Promeneur d’oiseau en 2014, les 108 rois-démons fin janvier de cette année, c’est au tour du film Le Dernier loup de Jean-Jacques Annaud sortir sur les écrans français le 25 février.

Le dernier loup est la plus grosse coproduction franco-chinoise à ce jour. Le film, dont le budget dépasse les 35 millions d’euros, a été financé à 80% par la Chine et par China Film. « Jean-Jacques Annaud » et «  Chine » n’étaient pourtant pas deux noms que j’aurais associés dans la même phrase il y a quelques années encore. Après le film Sept ans au Tibet en 1997, la Chine se disait offensée et Jean-Jacques Annaud ainsi que Brad Pitt étaient persona non grata dans l’Empire du milieu. Lorsqu’on interroge Jean-Jacques Annaud sur le pourquoi du comment de cette collaboration avec la Chine, il raconte qu’il a été contacté par une délégation chinoise il y a maintenant sept ans. Lorsqu’il leur a rappelé qu’il avait réalisé 7 ans au Tibet qui avait fortement déplu à Pékin, ils lui ont simplement répondu que « la Chine a changé », avant d’ajouter « nous sommes des gens pragmatiques et nous avons besoin de vous », la Chine ne sachant pas réaliser ce genre de film. Cela nous rappelle qu’il y a une goutte de Yin dans le Yang, et une goutte de Yang dans le Yin… en Chine, terre de pragmatisme et de changement perpétuel, aucune décision n’est jamais définitive.

Le dernier loup est adapté du livre Le Totem du loup de Jiang Rong (2004), deuxième plus gros succès de l’édition en Chine, après le Petit livre rouge de Mao. L’histoire est celle de deux étudiants pékinois envoyés en Mongolie intérieure durant la Révolution culturelle pour « éduquer » une tribu de bergers nomades. L’un d’eux, fasciné par les loups, décide d’en capturer un afin de l’apprivoiser.

Le film est très bien réalisé et j’ai plutôt été agréablement surpris. Je m’attendais à un film un peu long et contemplatif alternant entre paysages et loups, sans véritable intrigue. J’ai également été surpris par la brutalité de certaines scènes, notamment envers des loups (rassurez-vous il s’agissait de loups mécaniques pour ces scènes), ce qui me fait vous conseiller de ne pas y aller avec des enfants trop petits. Enfin, l’acteur principal, Feng Shaofeng nous livre une belle prestation et a presque accédé au rang de « superstar » en Chine suite à ce film.

Feng Shaofeng
Feng Shaofeng, Mars Distribution ©

Mais au-delà des loups, l’autre thème central de l’histoire c’est l’environnement. A travers la menace d’extinction des loups de Mongolie intérieure, c’est également tout le mode de vie traditionnel des bergers nomades qui est menacé. Jean-Jacques Annaud, loquace et plein d’humour, nous raconte également après la projection qu’à cause de la disparition des loups en Mongolie intérieure, il y a eu prolifération des rats et autres rongeurs qui se nourrissent abondamment des herbes de la steppe, élargissant ainsi le désert. Lorsque le vent souffle sur Pékin, il emmène avec lui ce sable mongol venu de ce nouveau désert et accentue fortement la pollution. Il n’y à qu’à voir la couche de poussière et de sable présente sur les voitures certains jours à Pékin.

Le dernier loup est sorti durant la période du Nouvel-an chinois en Chine et a rassemblé un million de spectateurs lors de son premier jour d’exploitation… ! Après quelques jours c’est plus de 4 millions de personnes qui ont vu le film en Chine. De 7 ans au Tibet au Dernier loup, c’est ce qu’on pourrait appeler un grand bond en avant. D’autant plus que Jean-Jacques Annaud a signé courant 2014 un accord de partenariat pour deux films sur trois ans avec la Chine.

Le dernier loup Chine

Au final, des coproductions franco-chinoises sorties ces derniers temps, Le dernier loup est probablement la plus réussie et celle qui aura le plus de succès en salle. Le promeneur d’oiseau, malgré ses beaux paysages, était tout de même, il faut le reconnaître, un peu insipide et n’a d’ailleurs pas été un franc succès avec un peu plus de 113 000 entrées en France. Mais difficile de faire pire que 108 rois-démons de Pascal Morelli, librement adapté du livre Au bord de l’eau, qui avec à peine 104 copies distribués en France a réalisé un petit score d’un peu plus de 33 000 entrées au box-office… ce qui en fait le troisième pire résultat pour un film d’animation français en 20 ans. Les décors façon estampe chinoise étaient pourtant magnifiques, mais le mélange animation-vrai personnage-marionnette finit par troubler le spectateur plus qu’autre chose…

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