casino Macao

Macao, l’enfer du jeu

Je suis sur le ferry qui relie Hong Kong à Macao. Alors que l’énorme casino Grand Lisboa se dessine à l’horizon, le nom de Macao résonne dans ma tête et des clichés viennent immédiatement s’y coller. Macao, le Las Vegas de l’Orient. Macao, l’enfer du jeu. Le paradis des casinos et des trafics en tout genres. En fait cette vision de Macao naît avec le film Macao, l’enfer du jeu réalisé par Jean Delannoy en 1942. On y découvre un Macao où se mêle trafic d’armes, crime et prostitution. En 1945, on parle alors de Macao comme de la « ville la plus dépravée au monde » et même Ian Fleming, auteur de James Bond, la décrira comme « le lieu le moins recommandable de la terre ». Vision reprise dans Macao, le Paradis des mauvais garçons, film de 1952 de Josef von Sternberg qui s’ouvre sur ces mots:

« Voici Macao, point insignifiant sur la surface du globe, sur la Côte Méridionale de la Chine, à 50 kms de Hong-Kong. C’est une ancienne colonie portugaise assez pittoresque. Macao a deux visages : l’un calme et ouvert, l’autre voilé et secret. Macao est un port de salut, idéal pour les fugitifs ».

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Mais lorsque Joseph Kessel débarque à Macao en 1955, c’est une toute autre ville qu’il décrit dans son ouvrage Hong-Kong et Macao : « Où étaient les signes de la débauche, du vice, de la drogue, des trafics interdits qu’une rumeur mondiale attribuait à Macao ? » Et son guide de lui répondre : « Il n’y a pas d’endroit plus calme que Macao. Voici la vérité. Tout le reste est légende. Et cette légende est fondée sur deux moments exceptionnels, où les gens et l’argent ont afflué à Macao. L’un se place avant la guerre, quand les Japonais ont envahi la Chine et l’autre, après la guerre, quand les communistes y ont gagné la partie ».

Le premier casino ouvre à Macao en 1934 et effectivement l’invasion de la Chine par le Japon en 1937 fut un temps béni pour Macao avec, nous raconte Kessel, « plus d’une douzaine d’établissements de jeu qui jour et nuit regorgeaient de monde. C’était vraiment « l’enfer du jeu ». En même temps fleurissaient toutes les autres débauches qui accompagnent toujours la débauche d’argent : les drogues, les femmes… ». Macao étant un des rares endroits neutre en Asie durant la seconde guerre mondiale, de nombreux réfugiés chinois y arrivent. Et lors de la victoire communiste en Chine en 1949, une autre vague de réfugié est arrivée à Macao, amenant avec elle de nouvelles années de jeu et de débauches. Mais en 1955 lorsque Kessel est à Macao, cette dernière est endormie.

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Puis dans les années 1960 et 1970 Macao connaît son deuxième âge d’or et reprend sa réputation sulfureuse avec l’empire bâti par Stanley Ho, arrivé justement à Macao en 1941 lorsqu’il a fui l’invasion japonaise. Dès 1962 il obtient le monopole du secteur du jeu à Macao, et ce jusque 2001. A partir de là, la concurrence se fait rude et de nombreuses entreprises américaines entrent sur le marché. Aujourd’hui Macao compte 35 casinos et les recettes des casinos et du tourisme lié au jeu contribuent au PIB à hauteur de 40 à 45%. En 2013 le jeu a rapporté 45 milliards de dollars à Macao… soit sept fois plus que Las Vegas !

Mais gare à la concurrence. Si pendant longtemps Macao a été un des rares endroits en Asie où les casinos sont autorisés, depuis peu des paquebots équipés de salles de jeu quittent Hong Kong en destination des eaux internationales où le jeu est légal et où aucun autre visa n’est nécessaire. De plus une nuit d’hôtel à Macao coûte en moyenne 175$, à Las Vegas environ 108$ contre environ 52$ pour une nuit à bord d’un casino flottant. Et force est de constater qu’à part quelques bâtisses et vestiges du temps où Macao était une colonie portugaise, la ville manque un peu de charme, surtout comparé au vibrant Hong Kong voisin, et les casinos sont souvent la raison principale de la visite de la ville. Les paquebots-casinos risquent donc d’être une féroce concurrence en devenir. Autre ombre au tableau pour Macao: la politique de lutte anti-corruption menée en Chine continentale fait diminuer le nombre de joueur qui arrivent à Macao. Ce qui n’est pas bon signe lorsqu’on sait que d’ici trois ans, huit nouveaux casinos devraient voir le jour à Macao… obligeant tout le monde à partager le gâteau en plus de parts.

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