The Interview: quand James Franco tente d’assassiner Kim Jong-un

Impossible de passer à côté des réactions suscitées par le film The Interview ces derniers temps. Le film d’Evan Goldberg met en scène un animateur de télévision (James Franco) et son producteur (Seth Rogen) découvrant que Kim Jong-un (Randall Park) est un grand fan de leur émission. Ils décident alors de décrocher une interview avec lui et la CIA les charge d’une mission: tuer Kim Jong-un. 

Seth Rogen et James Franco dans The Interview, Sony Pictures ©

Le film avait déjà déclenché la polémique avant sa sortie puisque dès cet été les autorités nord-coréennes avaient envoyé une missive au secrétaire général de l’ONU pour faire interdire sa sortie, initialement prévue pour le 10 octobre aux Etats-Unis, puis repoussée au 25 décembre. Le 17 décembre, soit une semaine avant la sortie, Sony a annoncé l’annulation de la sortie du film suite au hackage de leur site Internet et aux menaces reçues. Finalement, le film est sorti aux Etats-Unis le jour de Noël sur 300 écrans, contre 2 500 initialement prévus. Volontaire ou non, toutes ces histoires sont en tout cas un joli coup marketing pour le film.

Puisque désormais tout le monde a vu The Interview (facilement disponible en téléchargement, que ce soit légal ou illégal), chacun y va de son avis. Le journal Le Monde titre « On a vu The Interview et on est un peu déçu », là où Le Point le qualifie de « nanar ». Classique: plus on nous parle d’un film, plus l’attente que nous en avons augmente, plus le risque de déception est grand. Il est facile de ressortir déçu d’un film dont tout le monde parle, précisément parce que tout le monde en parle. Au contraire, il est facile d’être « agréablement surpris » par un film que l’on voit un peu par hasard sans rien en connaître avant. Donc non, The Interview n’est pas un chef d’oeuvre. Mais il ne se revendique pas comme tel. C’est peut-être Libération, en qualifiant le film de « gros rouge potache » qui est le plus proche de la réalité: The Interview est en effet une comédie potache, et devrait être regardée comme telle (rappelant parfois l’humour à la 9gag, dans le style « haters gonna hate » ou encore « they hate us because they ain’t us »). Pour preuve, le titre français du film – L’interview qui tue! – qui en dit long sur le public cible.

Kim Jong-un dans The Interview, Sony Pictures ©

D’un côté, on peut comprendre que la Corée du Nord se sente offensée par ce film: Kim Jong-un y est tourné en ridicule, bien plus que son père feu Kim Jong-il ne le fut dans Team America par exemple, et on est en droit de se demander comment auraient réagi les Etats-Unis si un film avait fait subir à Obama le même sort qu’Evan Goldberg a fait subir à Kim Jong-un. Mais à y regarder de plus près, les Etats-Unis en prennent aussi pour leur grade à travers ce film, que ce soit leur propension à vouloir être la « police du monde » ou encore le fait d’être fortement autocentré et, si ce n’est raciste, au moins largement inculte des autres cultures (le personnage de James Franco imite grassement l’accent asiatique et lance un Konichiwa alors que le film se déroule en Corée). 

Kim Jong-il dans Team America
Kim Jong-il dans Team America, police du monde, Paramount Pictures ©

Le plus drôle serait peut-être que le film soit vu en Corée du Nord et décrédibilise l’image de Kim Jong-un construite par la propagande nord-coréenne. Reproduisant ainsi le pitch du film, lorsque le journaliste américain essaie de ridiculiser Kim Jong-un grâce à son interview. C’est d’ailleurs le but d’un transfuge nord-coréen, résidant désormais au Sud: il souhaite lâcher 100 000 ballons portant des DVD et clés USB du film The Interview sous titré en coréen depuis la Corée du Sud en direction de la Corée du Nord afin de faire baisser l’idolâtrie portée au dirigeant nord-coréen et de montrer que Kim Jong-un n’est pas vénéré en dehors de la Corée du Nord comme ils pourraient le croire. Encore faudrait-il que la population nord-coréenne ait accès à un ordinateur. 

Victime collatérale de ces tensions entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, Guy Delisle, dont l’excellent ouvrage Pyongyang devait être porté à l’écran par Gore Verbinski. Dans un billet publié sur son blog intitulé « Adieu Hollywood » Guy Delisle nous apprend qu’à cause des problèmes de Sony, la Fox se retirait de la distribution du film obligeant la maison de production à mettre le projet en suspens.

Le film devrait sortir en France le 28 janvier.

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