Naypyidaw, nouvelle capitale birmane : voyage en « absurdie »

Voyage à Naypyidaw

J’espère que ce cher Stéphane de Groodt ne me fera pas grief de reprendre le titre de son ouvrage. Je pense qu’il n’y a pas meilleure description pour ce que je m’apprête à décrire. J’ai déjà expérimenté et décris quelques unes des plus absurdes visites que j’ai fait – voir le parc à thème de Pékin ou encore la frontière sino-nord-coréenne – mais celle-ci mérite sa place au Panthéon.

C’est sur un coup de tête que je décide de partir en week-end sur Naypyidaw. Etrange décision me direz-vous, et vous avez raison. Un peu de contexte ne fera pas de mal : Rangoon reste le centre économique du pays, mais la junte militaire a déplacé la capitale à plus de 300 km de celle-ci, à Naypyidaw, en 2005. Un peu pour des raisons liées aux astres, surtout pour s’éloigner des côtes et des éventuelles manifestations à Rangoon. Naypyidaw est donc sortie de terre, de nulle part, au milieu de la jungle.

La route entre Rangoon et la nouvelle capitale est longue et monotone. Il n’y a qu’une seule route, s’étirant à l’infini, au milieu de rien, allant toujours tout droit sur presque 300 km. Le soleil brille sur l’asphalte. A un moment, près de Naypyidaw, enfin un virage. Ou plutôt un léger tournant. Pourvu que ce soit un signe pour la politique à venir du pays.

Une « station essence » au bord de la route…

La folie des grandeurs

En 2009 le journal Le Monde publiait une série de photos intitulée Voyage à Naypyidaw, capitale fantôme de la junte birmane. C’est effarant de voir comment ces photos sont toujours d’actualité. La ville est toujours complétement déserte, les immenses avenues vides. On parcourt les kilomètres sans voir un seul véhicule. Puis, de temps en temps, une moto passe, bien seule sur ces routes, parfois jusqu’à huit voies…

naypyidaw-capitale-birmanieVers l’infini et au-delà…

S’il n’y a personne à part les généraux et une multitude d’hôtels souvent vides, la raison n’est pas difficile à deviner. Il n’y a absolument rien à voir à Naypyidaw. Les distances entre chaque quartier sont inimaginables, impossible de se déplacer à pied. Inutile de chercher un centre-ville, il n’y en a pas. Les taxis sont rares et hors de prix. Reste le moto-taxi. A tel point que je ne sais même pas quelles photos publier puisqu’il n’y à rien à montrer. Il y a bien la pagode Uppatasanti, mais ce n’est qu’une réplique, une pâle copie de la fameuse pagode Shwedagon de Rangoon. Aucun intérêt.

Il y a bien le zoo, mais on raconte que la moitié des pingouins du zoo ont péri suite à une panne de climatisation. Il y a bien le safari (oui vous avez bien lu). Si en général, dans un zoo, ce sont les animaux qui sont en cage et vous qui vous promenez librement, ici, apparemment, ce sont les animaux qui sont libres et vous qui êtes dans un véhicule derrière des barreaux. Prometteur. Evidemment la réalité est loin de la description. En fait vous vous asseyez dans un bus-cage et un chauffeur suit un tracé prédéfini, s’arrêtant devant chaque animal, devant le tigre – parce que bien sûr il n’y a qu’un tigre – pour que chacun puisse prendre sa photo. Comme l’expliquait très bien la correspondante de l’AFP à Rangoon, « dans la cambrousse tropicale, Naypyidaw est un parc à thème en perpétuelle basse saison ».

Welcome to « the jungle »

Pour aller plus loin:
L’effet papillon – Dictature tour: la Birmanie
Libération – Birmanie Naypyidaw, la capitalissime

3 réflexions au sujet de « Naypyidaw, nouvelle capitale birmane : voyage en « absurdie » »

  1. J’ai prévu d’aller à Naypyidaw ce week-end, je me prépare aux autoroutes désertes façon piste d’atterrissage… Le « bus-cage » du zoo a quelque chose d’inquiétant !

Laisser un commentaire