Retour sur The Lady, vu de l’intérieur

Aujourd’hui je voudrais revenir sur un film dont je suis un peu passé à côté lors de sa sortie en salle en 2011 : The Lady, de Luc Besson. Non pas que je ne l’ai pas vu, mais plutôt qu’il me manquait quelques clés pour comprendre le film. Il faut être allé en Birmanie pour vraiment comprendre la ferveur autour d’Aung San Suu Kyi. Son portrait est accroché aux murs, au côté de celui de son père – le général Aung San – dans nombre de foyers birmans. J’ai revu le film ici, en Birmanie, après presque six mois sur place, et je l’ai mieux apprécié, ou peut-être tout simplement mieux compris.

Son portrait est arboré fièrement un peu partout, même lorsque
cela ne plaisait pas toujours au gouvernement.
L’inverse de Mao, en quelque sorte.

The Lady reprend un des thèmes préféré de Besson : une femme à la fois forte et fragile (voir Leeloo dans Le Cinquième Élément, Mathilda dans Léon, Lucy dans le film éponyme, etc.). On comprend alors qu’il ai accepté l’offre lorsque l’actrice Michelle Yeoh lui a proposé de faire le film. Mais Besson ne voulait pas réaliser un documentaire et par conséquent souhaitait changer un peu le scénario, rendre l’histoire un peu plus cinématographique. Ainsi certains passages sont un peu romancés pour renforcer l’impact visuel du film. Et au contraire, certains faits réels ont été atténués, notamment les exactions commises par le gouvernement birman, Besson jugeant que la violence de ces actes était telle que cela ne serait pas crédible à l’écran pour le public occidental. Néanmoins Besson a souhaité coller à la réalité pour d’autres choses. La maison où a été assignée à résidence The Lady, Aung San Suu Kyi, à Rangoon par exemple a été reproduite à l’identique en Thaïlande : les mêmes mesures, les mêmes meubles disposés au même endroit, le piano est de la même marque que celui de Suu Kyi et les cadres des photos de ses parents sont les mêmes. Un travail de précision plutôt impressionnant quand on sait qu’il était impossible de s’approcher de la maison de Suu Kyi. En effet, si aujourd’hui la circulation y est tout à fait normale – le portail de sa maison arbore même les couleurs de la Ligue Nationale pour la Démocratie – au moment du tournage la voie était encore barrée, la route un vrai no man’s land.

Le portail de la maison de Suu Kyi, University Road, RangoonLe portail de la maison de Suu Kyi, University Road, Rangoon

Ainsi l’accès à la maison d’Aung San Suu Kyi était barré, mais il a également fallu tourner une grande partie des scènes du film en Thaïlande, près de la frontière birmane, car la Birmanie, bien sûr, n’aurait jamais accepté de financer ou même de laisser filmer un tel film sur son territoire. Mais lorsqu’on voit le film et qu’on connaît un peu la ville de Rangoon, on est frappé par le fait qu’on y voit de vraies images de la ville. En fait c’est Besson lui même qui a filmé, clandestinement, plusieurs plans à Rangoon, dont quelques-uns à la pagode Shwedagon. Puis le jeu des acteurs, initialement enregistré sur fond vert, a été superposé numériquement au décor.

Mais The Lady sera un échec cuisant en France avec à peine 400 000 spectateurs. Sur les 22 millions qu’a coûté le film, il n’en aura rapporté que 3 millions. Il faut dire que Besson, qui réalisait ce film dans le but de faire libérer Suu Kyi, a été rattrapé par un événement inattendu : Aung San Suu Kyi a été libérée le 13 novembre 2010, après 15 ans d’assignation à résidence, soit pendant que l’équipe était encore en plein tournage ! Et ironie du sort, le jour même où l’équipe filmait la scène de sa libération.

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