Une histoire birmane

Départ depuis l’aéroport de Pékin, direction Yangon. Sur la piste, au milieu des énormes avions, se démarquent deux avions de plus petite taille. Je regarde par le hublot. Le premier abroge fièrement à l’arrière le drapeau nord-coréen. C’est un avion de la compagnie Air Koryo, la seule, avec Air China, à se rendre sur Pyongyang. Le deuxième affiche à l’arrière de l’appareil, écrit en grosses lettres, le nom de Jackie. Autrement dit, le jet privé Jackie Chan. Mon avion est plus classique: un Boeing 737. Arrivé à Yangon. A côté de l’immense aéroport de Pékin, celui de Yangon apparaît tout petit. A l’aéroport, je vois ces énormes publicités pour Red Bull, Coca-Cola et … Mastercard ! Pas exactement ce à quoi je m’attendais, surtout lorsqu’on sait que le Routard annonce qu’il est difficle de trouver des distributeurs de billets.

Je m’imprègne de l’atmosphère locale. Les gens sont tous en longyi, aussi bien les femmes que les hommes, ce qui leur donne parfois l’air de porter des jupes. Les chauffeurs de taxi ont tous les dents rouges, colorées par le bétel qu’ils mâchent et crachent à longueur de journée. Les femmes ont le visage couvert de thanaka. Les chiens errants ont fait des trottoirs leur territoire. Les bus et autre camions sont pleins à craquer, jusque sur le toit parfois. Un vrai Tetris humain. Des chauffeurs de tuks-tuks d’un autre temps se frayent un chemin. Le magasin du coin me rend la monnaie en café ou en bonbons lorsqu’il n’a pas de petites coupures.

Myanmar rue taxi Yangon trishaw
Un chauffeur de tuk-tuk en longyi

Le chef de la sécurité en bas de mon immeuble frappe la cloche à huit reprises: il est huit heures. J’enfile mes tongs, de toute façon il faut être pied nu au bureau, et prend le taxi. Deux heures plus tard, je suis devant l’ordinateur. D’un coup, j’ai comme l’impression d’avoir la tête qui tourne. Je me tiens à mon bureau pendant quelques secondes. Puis, soudain, le patron entre dans la pièce et nous dit de sortir rapidement du building. Dans l’escalier, je comprend qu’il s’agit en fait d’un tremblement de terre. Mais rien de grave, il est très léger. Aucun objet n’est même tombé de mon bureau. Je dis à mon collègue que c’est la première fois que je vis un tremblement de terre. Il me regarde, l’air étonné, et me dis:  » Vraiment ? « . Au même moment, au nord de la Thaïlande ce même tremblement de terre fait par contre beaucoup de dégâts. La pagode Shwedagon trône toujours fièrement au centre de Yangon, reflétant différement le soleil à chaque heure de la journée.

 Rangoon Paya
La pagode Shwedagon trônant fièrement au centre de Yangon

Sur les traces de George Orwell j’ai trouvé un bowling fantôme

On trouve parfois à Yangon des endroits inhabituels. Comme par exemple le bowling. C’est un endroit complétement hors du temps, nous renvoyant soudainement dans les années 1970. A l’entrée un paillasson écrit en coréen nous accueil. L’employé nous donne de vieilles chaussures de bowling, usées par le temps, elles aussi avec des inscriptions en coréen dessus. Connaissant un peu le pays, elles ne viennent probablement pas du sud. L’endroit est complétement désert. Seules quatres pistes sont éclairées. De vieilles consoles rappelant de vieux films de science-fiction font office d’ordinateurs. Une ambiance très kubrickienne se dégage de ce lieu. Une jeune employée s’installe derrière la console, la partie commence. Elle tape sur son clavier le score après chaque lancer. Plus hallucinant encore, après chaque strike elle applaudit. Il faut regulièrement changer de piste, le système permettant de remettre les quilles s’enrayant fréquemment. Un voyage dans le temps. Pas aussi lointain que George Orwell à l’époque d’Une histoire birmane, mais presque.

Le bowling fantôme de Yangon, retour dans les années 1970

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