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Dandong, à la frontière nord-coréenne (2/2)

Suite de Dandong, à la frontière nord-coréenne (1/2)

Dandong n’est pas uniquement connu pour sa proximité géographique avec la Corée, mais également pour abriter la partie la plus orientale de la Grande muraille de Chine (la partie la plus occidentale se situant dans la province du Gansu). Le long de la route qui y mène se situe à moins de cinq mètres de la frontière avec la Corée, des barbelés sont étendus tout le long du fleuve afin de dissuader les éventuels passages. La montée est assez laborieuse mais une fois en son point le plus haut, le point de vue est assez saisissant. Devant nous s’offre un paysage unique: à notre gauche la Chine, à notre droite la Corée du Nord. La différence est assez flagrante entre les deux.

Great Wall À gauche la Chine, à droite la Corée du Nord

Ici encore, tout le long de notre marche aux abords de la muraille, des barbelés s’étendent au bord du fleuve. Des panneaux nous indiquant que nous sommes à la frontière sino-coréenne nous rappellent les règles à suivre: ne pas escalader les barbelés, ne pas jeter d’objets de l’autre côté du fleuve, ne pas parler ou échanger d’objets avec les gens de l’autre côté de la frontière, ne pas prendre de photos des installations militaires.

rivière YalouPanneau à la frontière: ne pas jeter d’objets en Corée du Nord

Retour au centre-ville, il est 18h30. L’heure parfaite pour manger en Chine. On passe devant une devanture où trône fièrement un drapeau de la République populaire démocratique de Corée (notez que les dictatures ont souvent recourt à l’usage du mot « démocratie » dans leur nom). Il s’agit en fait d’un restaurant nord-coréen. Quoi de mieux pour ponctuer cette journée que de tester cette cuisine ? Nous entrons. Une jeune serveuse en tenue traditionnelle coréenne nous accueille. Elle nous parle dans un bon chinois, mais son accent trahi des origines étrangères. En fait, elle est nord-coréenne, comme toutes les serveuses du restaurant. Nous nous installons à table. Sur notre gauche, une batterie. En face, la télé branchée sur une chaîne où l’on aperçoit Kim Jong-un. Je commande une bière du pays, on me ramène une Taedonggang. Je suis agréablement surpris, comparé à la Tsingtao elle est plus forte, meilleure. Plus proche d’une ale d’un pub britannique que d’une bière légère asiatique. Puis coup d’oeil au menu. Parmi les spécialités on trouve les nouilles froides. C’est un mélange de nouilles froides de sarrasin avec des lamelles de viande, de concombre, de radis mariné et d’oeuf dur. Apparemment en été on y ajoute aussi des glaçons. Autre spécialité, la viande de chien. N’en déplaise aux adeptes des clichés, on trouve plus facilement ce plat dans les restaurants coréens que chinois. Je passe mon tour pour la viande de chien mais commande des nouilles froides.

Au menu du restaurant nord-coréen, de la viande de chien

D’un coup la lumière se fait plus sombre et une rangée de jeunes filles apparaît sur le devant de la scène, en costume traditionnel. On reconnaît les serveuses. « Notre » serveuse s’installe derrière la batterie, le show peut commencer. Les serveuses, maintenant reconverties en danseuses, musiciennes et chanteuses connaissent leur spectacle par cœur. Sur des airs de musique complètement kitsch une des serveuses effectue une roue. J’ai l’impression d’être en train de rêver, cela ne peut pas être la réalité. Bien sûr, une fois de plus, les photos sont interdites. Mais ca je ne l’apprends qu’après avoir appuyé sur le bouton.

Je goûte mes nouilles froides: en fait c’est ni bon ni mauvais, c’est juste des nouilles froides ; cela porte bien son nom. Pour ponctuer le show, les serveuses invitent quelques Chinois à venir sur le devant pour quelques pas de danses, suivis de chants patriotiques chinois datant de la guerre de Corée, lorsque les Chinois combattaient aux côtés des Nord-coréens. Fin du spectacle. Je pensais que cela serait amusant, c’était en fait complètement ubuesque et je me suis plutôt senti mal à l’aise, comme perdu dans l’espace temps, dans un monde parallèle. Après coup nous avons appris que ces jeunes filles ne peuvent par porter de jeans car c’est un symbole des Etats-Unis (et cela même si l’on sait que un jean sur trois vendus dans le monde est en fait produit près de Guangzhou en Chine). Elles pourraient apparemment, elles et leurs familles, avoir des problèmes si elles venaient par exemple à accepter des jeans ou autre objets occidentaux en cadeau.

Le restaurant nord-coréen

Au final le pont entre Dandong et Sinuiju me rappelle ce pont entre la France et l’Allemagne, entre Strasbourg et Kehl. Sauf qu’ici, à Dandong, il est plus difficile de traverser. Et une fois la nuit tombée, la comparaison entre les deux rives est sans appel: la rive chinoise brille encore des lumières des hôtels et autres karaokés lorsque la rive nord-coréenne est plongée dans le noir le plus total. Cela me rappelle cette image prise en 2012 par le satellite de la NASA. On y distingue clairement (sans mauvais jeu de mot) la différence d’illumination entre les deux Corées. « Sur les photos par satellite, la Corée du Nord, qui manque cruellement d’électricité, creuse son trou noir sur le globe terrestre » écrit Jean-Luc Coatalem dans Nouilles froides à Pyongyang.

Pour aller plus loin:
Guy Delisle – Pyongyang
Visitez Pyongyang comme vous ne l’avez jamais vu
Le Journal International – Candide en Corée du Nord
Moranbong: l’incroyable histoire du premier film franco-nord-coréen
Jayadévi Cambacérès – Je suis partie en colonie de vacances en Corée du Nord

3 réflexions au sujet de « Dandong, à la frontière nord-coréenne (2/2) »

  1. Je suis passé à Dandong il y a un an (dans le même hôtel) pour le travaiL Juste pour rencontrer le patron d’un futur shopping mall. Il disait que beaucoup pariaient sur l’ouverture économique de la Corée et avaient investi dans cette optique. Je suis resté à peine 24h, je n’ai pas eu le temps de faire du tourisme.Merci pour la balade.

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