Dandong, à la frontière nord-coréenne (1/2)

Je suis à Dandong, petite ville (d’un point de vue chinois) de 2,4 millions d’habitants, dans la province du Liaoning, au nord-est de la Chine, à la frontière sino-nord-coréenne. Jusque 1965 la ville s’appelait Andong, ce qui signifie en chinois « pacifier l’est ». En 1965 le nom fut changé en Dandong, « l’est rouge ». Je loge au Crowne Plaza. Le site Internet annonce la couleur: « Séjournez à l’hôtel Crowne Plaza Dandong et profitez d’une vue extraordinaire sur la Corée du Nord ». Cela me rappelle ce passage de A chacun sa Chine de Catherine Van Moppès que j’ai lu quelques jours auparavant, où l’auteur raconte son voyage en Chine en 1965: « Macao c’est la petite bête à sensation des touristes américains qui y vont pour apercevoir la « terre maudite de Chine ». En tendant le cou, ils voient un soldat communiste monter la garde, une barque de pêcheurs communistes. Ils pourront dire: « nous les avons vus ». Ici, à Dandong, en 2014, on fait la même chose mais pour apercevoir un soldat nord-coréen.

Effectivement Dandong est connu pour être l’un des principaux points de passage de la frontière sino-coréenne. Le pont de l’amitié sino-coréenne permet de franchir le fleuve Yalu et relie les villes chinoise de Dandong et nord-coréenne de Sinuiju. On peut uniquement le franchir par route ou par rail, les piétons n’étant pas autorisés à le traverser. Il a été construit par les Japonais lorsqu’ils occupaient la région entre 1937 et 1943. Il est relativement facile pour les touristes chinois de se rendre de l’autre côté pour la journée, les formalités ne prennent qu’un jour et coûtent environ 700 yuans. Une agence de voyages à Dandong a affirmé organiser à elle seule quatre mille passages de Chinois chaque année. Depuis peu, il est également possible pour les étrangers (sauf pour les américains et sud-coréens) de traverses le pont et de visiter la ville de Sinuiju. Mais les formalités sont longues (environ 10 jours) et le prix plus du double que celui que paie un touriste chinois (environ 1600 yuans).

Dandong SinuijuLe pont de l’amitié sino-coréenne reliant les deux pays

Environ 60 mètres plus bas que le pont de l’amitié sino-coréenne se dresse un autre pont, construit entre 1909 et 1911. Les deux ponts furent détruit par les Américains durant la guerre de Corée en 1950 afin de stopper l’arrivée de soldats chinois en Corée, mais ce second pont n’a jamais été reconstruit depuis. On l’appelle d’ailleurs le pont cassé. Il aurait été volontairement laissé ainsi par les Coréens en guise de témoignage de l’agression américaine. Lorsqu’on arrive au bout de ce pont, on aperçoit, après ce qu’il reste des piliers du pont, la côte nord-coréenne. Et surprise, se dresse devant nous un simulacre de parc d’attraction, avec une grande roue, inactive. Cette roue paraît-il, ne tourne qu’une fois par an, pour les meilleurs élèves du pays, le jour de la fête des enfants.

Dandong pont de l'Amitié sino-coréen La grande roue côté nord-coréen

Pour aller voir de plus près cette Corée, il est possible de prendre le bateau pour naviguer sur le fleuve Yalu. Des centaines de groupes de touristes chinois s’entassent sur ces bateaux, casquette vissée sur la tête, à l’écoute du guide micro branché au maximum. Autre alternative possible, plus chère mais bien plus intéressante, monter à bord d’un bateau rapide, une vedette, afin de longer la côte nord-coréenne. Une fois à bord la vedette s’élance à 60 km/h sur le fleuve Yalu et entre dans les eaux nord-coréennes. Techniquement nous sommes donc en Corée du Nord, enfin dans les eaux, pas sur la terre. On aperçoit ce que le chauffeur appelle des « villas » le long de la côte – j’appellerai plutôt ça de simples maisons – qui sont les résidences de vacances des généraux de l’armée nord-coréenne et de leurs familles. Il faut savoir que chaque homme en Corée doit être dans l’armée durant 10 ans, de ses 16 ans jusqu’à ses 26 ans (sauf exception pour les fils de ceux qui travaillent pour le gouvernement qui peuvent aller à l’université). Il est interdit de prendre des photos, les généraux nord-coréens se vexant facilement, pensant qu’on les prend en photo afin de se moquer d’eux et de leur pays car ils sont pauvres nous informe notre chauffeur. La vedette continue sa route et ralentit le long de la côte pour nous montrer une inscription sur un panneau. Une inscription à la gloire de Kim Jong-un. Là, il est possible de photographier.

Kim Jong-il Kim Il-sung panneauInscription à la gloire de Kim Jong-un

Nous repartons et nous arrêtons auprès d’une barque flottant au bord de la côte. A son bord un marchand nord-coréen qui vend quelques produits issus de son pays. Il accepte uniquement les billets de 50 et de 100 yuans. Les photos sont à nouveau interdites. Nous lui achetons une cartouche de six paquets de cigarettes d’une marque apparemment réservée aux membres du gouvernement. Il nous remercie, nous serre la main. Nous repartons. Notre chauffeur nous informe que ce type de business était interdit jusqu’à récemment, c’est seulement sous le règne de Kim Jong-un qu’ils ont été autorisés. Il nous affirme également que ce marchand ne possède pas son propre business, il travaille pour le compte du gouvernement et touche un salaire pour son travail. Ce qui veut dire que nos 100 yuans vont probablement dans la poche de Kim Jong-un. Trop tard.

Dandong Sinuiju Vue sur la côte nord-coréenne depuis la vedette

La vedette repart à pleine vitesse, le bateau saute sur les vagues laissées par les autres bateaux. Nous entrons dans un bras du fleuve et sommes maintenant entourés de la Corée du Nord: à notre gauche une île nord-coréenne, à notre droite le reste du pays. Nous apercevons quelques personnes ; quelques paysans, beaucoup de militaires. Notre chauffeur nous affirme que certains nord-coréens – sûrement au gouvernement – ont le droit d’avoir trois femmes, le pays disposant de plus de femmes que d’hommes. Le paysage est assez vide, on voit un pylône électrique fabriqué en bois, probablement un tronc d’arbre. On passe a proximité d’une autre barque nord-coréenne, cette fois son occupant porte le pins à l’effigie de Kim Jong-un. Notre chauffeur ne s’arrête pas, il nous dit qu’il demande de l’argent ou des cigarettes. Sur le chemin du retour nous passons devant un petit port militaire, fabriqué par les japonais durant la colonisation de la Corée par le Japon, au début des années 1900. Retour sur la terre ferme, en Chine. Je pourrais dire « Je les ai vus ».

Suite au prochain épisode.

« C’est le propre d’un voyage en République populaire démocratique de Corée: qu’on l’a comprend mieux quand on n’y met jamais les pieds que lorsqu’on en revient ». Yann Moix – Naissance

Suite: Dandong, à la frontière nord-coréenne (2/2)
Voir également: voyage à la DMZ: la Corée du Nord, vue du Sud

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