ambassade de chine paris

Faire ses visas, c’est déjà partir

Paris – Mercredi 09 avril 2014 – 14h00

Je marche au milieu des internminables couloirs qui mènent au métro, des cartons sont posés à même le sol, vestiges des nuits passées. Je prend la ligne 2, direction l’ambassade de Myanmar où j’ai déposé mon passeport quelques jours auparavant. Le métro avance, les portes du wagon s’ouvrent alors que nous ne sommes pas encore complètement arrêté. Certains descendent le « train » encore en marche. Cela me rappelle l’Inde. L’odeur d’urine du couloir me rappelle que nous sommes bien à Paris. J’aime bien Paris, mais il me semble que je l’aimerais encore plus sans cela. J’arrive au 60 rue de Courcelles, à l’ambassade de Myanmar. La plaque sur le mur de l’immeuble précise: ambassade de Myanmar, ex-Birmanie. Au troisième étage un vieux monsieur birman m’accueille. Je suis en avance, l’ambassade n’ouvre que dans une demi-heure. Il me demande si j’ai de la famille en Birmanie. Réponse négative de ma part. Si je m’y rend en touriste.Réponse à nouveau négative. Je lui dis que je vais y travailler, en stage, durant six mois. Il paraît satisfait de ma réponse, me conte son histoire. Il m’affirme qu’au début des années 1940, lorsque la Birmanie faisait encore partie de l’Empire britannique, Charles de Gaulle s’est rendu dans la ville de Dawei. Il me dit que sa famille en Birmanie a accueilli le général et m’invite, lorsque je serai sur place, à me rendre à l’ambassade de France à Yangon afin de parler à la princesse Maddox. Elle pourrait m’aider à m’y rendre si je souhaite visiter, ou bien me montrer des photos si le temps me manque. 14h30 tapante, l’ambassade ouvre ses portes, je n’en saurai pas plus, obsédé par la quête de mon Graal, mon sacro-saint visa. Une minute et un habituel écorchement de mon nom plus tard, me voilà dehors. Direction le centre de visa chinois à Paris. Une autre histoire.

Il est peu avant 15 heures, j’arrive au 117 Avenue des Champs-Elysées. Une adresse prestigieuse, mais de l’extérieur rien n’indique que je me trouve au bon endroit : aucune plaque accrochée au mur comme cela était le cas à l’ambassade de Myanmar. Seul indice, la secrétaire, chinoise, dans le hall. Je me rend au premier étage, on me donne un ticket. Ici, pas de nom écorché, juste un numéro : 680. Comme chez le boucher. Le ticket m’indique qu’il y a 15 personnes avant moi, ce que les écrans où les numéros défilent me confirme. Le ticket m’annonce qu’il est « sans phénol ». Je ne sais même pas ce que c’est. Je regarde sur Wikipédia : « Le phénol, appelé aussi hydroxybenzène, acide phénique, ou encore acide carbolique, est composé d’un cycle aromatique benzénique (hydrocarbure aromatique) et d’une fonction hydroxyle. C’est la plus simple molécule de la famille des phénols« . Je ne sais toujours pas ce que c’est. Je regarde l’écran. Il indique le numéro 678, c’est bientôt mon tour. 15h25, j’arrive victorieux au guichet. Je donne tous les papiers demandés ainsi que mon passeport. Je fais une demande de visa tourisme express, il me faut repasser le lendemain, même endroit, même heure.

Paris – Jeudi 10 avril 2014 – 14h50

Il est peu avant 15 heures, j’arrive au 117 Avenue des Champs-Elysées. Je me rend au premier étage, on me donne un ticket. Cette fois j’ai le numéro 180, le ticket m’annonce qu’il y a 31 personnes avant moi. Toujours cette inscription, « sans phénol », qui me nargue. 15h40, j’arrive victorieux au guichet. « 115 euros » m’annonce mécaniquement la guichetière. Je paie et m’attend à ce qu’on me remette mon passeport. On me redonne le même ticket, avec le même numéro, mais cette fois-ci pour le guichet d’à côté. A nouveau 31 personnes avant moi. Je me refais une place dans la salle d’attente. J’entend le coursier d’un célèbre site Internet qui s’occupe des formalités de visas s’égosiller au téléphone: « Non, la Chine ne délivre plus de visas pour les stages Madame, je ne peux rien faire pour votre fils« . Je le sais, j’en ai fait les frais. 16h05, j’arrive victorieux au guichet. Cette fois-ci c’est la bonne, je récupère mon visa. Sourire poli à la guichetière avant de quitter cet enfer. La semaine prochaine, je suis en Chine.

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